Forbach, ma belle, ma déprimante, ma fatiguée, ma combative… ma décomposée, ma laissée-pour-compte. Autrefois vivante et aujourd’hui en sursis, suspendue entre un passé révolu et un avenir qui n’arrive jamais. Ici l’espoir n’est plus une promesse, c’est un mythe qu’on raconte aux gosses pour qu’ils dorment un peu mieux avant de se réveiller dans le même cauchemar que leurs parents.
La ville agonise lentement, comme un corps qui refuse de mourir.
Les rideaux métalliques baissés sont devenus des pierres tombales de commerces morts.
Les rues vides où résonnent le silence des jours sans avenir. Ceux qui le peuvent s’en vont. Ceux qui restent survivent. Et l’espoir ? On en parle parfois entre deux verres dans un bar, où l’alcool coûte moins cher que les illusions.
Le ciel est tellement souvent gris que même le vent a l’air de soupirer quand il traverse la ville. Il faut être honnête, si l’espoir était en vente, on n’aurait pas les moyens de se le payer.
Les jours passent et se ressemblent. Pourtant, malgré tout on continue d’avancer, un pied devant l’autre, comme si on cherchait encore une sortie de secours dans ce grand incendie qu’est notre quotidien.
Le moral est au plus bas, les temps sont durs et on a compris depuis longtemps qu’on ne pouvait pas compter sur un miracle. Parce qu’ici les miracles ça ne pleut pas. En revanche, ce qui existe encore c’est nous. Ceux qui continuent à se battre, à créer, à bosser, à œuvrer et à se serrer les coudes.
Alors au lieu d’attendre une aide qui n’arrivera jamais, on fait avec ce qu’on a.
Et parfois, ça suffit pour tenir debout.
Le boulanger du Wiesberg : levé avant le soleil, pour nourrir ceux qui n’ont plus un rond
Il pourrait fermer boutique, baisser les bras, dire que ça ne sert plus à rien. Mais non. Chaque matin, il rallume son four et prépare du pain. Et même si les fins de mois sont aussi dures que la croûte d’un pain trop cuit, il continue. Il offre parfois une baguette à un gamin qui n’a rien mangé, fait crédit à un habitué qui galère. Parce que l’espoir, c’est aussi ça : ne pas laisser tomber ceux qui sont encore plus dans la merde que soi.
Le beatmaker de Farebersviller : du son pour s’évader d’un quotidien trop gris
Badis, un jeune du coin qui a bossé dur sur sa musique, sans studio luxueux, sans contacts dans l’industrie. Juste son talent et sa persévérance. Résultat ? Il a réussi à placer un son dans un film. Pas un blockbuster américain, non, juste un film. Ça veut dire quoi ? Que quand on y croit, qu’on bosse, qu’on s’accroche, même ici, on peut se faire entendre. Il n’a pas attendu qu’on vienne le chercher, il a pris l’espoir à bras-le-corps et l’a transformé en réussite.
Cédric Colla et Univers Sound : L’espoir, une musique
Cédric Colla, ce nom résonne dans les ruelles de Forbach comme une note dissonante qu’on ne peut ignorer. À la tête de Univers Sound, il a fait de la musique un exutoire pour ceux qui n’ont plus d’autres moyens d’expression. Dans son studio, il mixe, il compose, il transforme les sons de la ville en quelque chose qui fait vibrer l’âme. Mais derrière chaque beat, chaque accord, il y a une vérité amère, la musique n’est plus qu’un cri dans le vide.
Les petites mains de l’associatif : du temps donné, même sans en avoir
Ils ne font pas de bruit, ils ne passent pas à la télé, mais ils sont là. Ces bénévoles qui filent un coup de main aux familles en galère, qui organisent des collectes, qui tiennent des permanences pour aider ceux qui ne savent plus vers qui se tourner. Ils ne sont pas riches, ils n’ont pas de super-pouvoirs, mais ils donnent ce qu’ils ont : du temps, de l’écoute, de l’énergie. Parce que l’espoir ça se construit ensemble. Parce que l’espoir, c’est aussi continuer à offrir des moments de bonheur même quand tout le reste part en vrille.
Alors on fait quoi ?
On attend toujours que ça vienne d’en haut ?
Ou on continue de faire avec nos propres forces, notre propre sueur, notre propre rage de vivre ?
Parce que s’il y a encore une raison de tenir, elle est là :
Dans ceux qui refusent de crever en silence.
Dans ceux qui se battent, pas pour gagner mais juste pour exister.
Forbach ne retrouvera peut-être jamais sa gloire d’antan. Peut-être qu’un jour, on parlera de nous comme d’une ville fantôme, un vestige de ce que fut l’industrie, la vie, l’effort collectif.
Mais tant qu’il restera ne serait-ce qu’un homme, une femme, un gamin pour cracher au visage du destin et dire « Je suis encore là », alors quelque part, même dans la nuit la plus sombre, il restera une lueur.
Pas un grand feu. Pas une lumière éclatante. Juste une braise.
Fragile, vacillante, mais bien vivante. Et tant qu’elle brûle, nous ne sommes pas morts.
Je vous le redemande … Alors on fait quoi ?
On fait comme toujours ! On serre les dents, on serre les coudes, et on se marre quand même un peu parce que le rire, au moins est encore gratuit.
L’espoir il est dans l’entraide, les petits gestes, les discussions entre voisins sur un banc, où on refait le monde parce que le monde actuel est mal foutu.
Bref, l’espoir c’est pas une promesse politique, c’est pas une aide qui tombe du ciel, c’est ce qu’on fabrique nous-mêmes avec ce qu’il nous reste sous la main.
Forbach, elle est cabossée, parfois désespérée. Mais elle n’est pas morte. Tant qu’il y aura des gens qui se battent, qui créent, qui s’entraident, qui refusent de sombrer, alors on tiendra.
Et ça, c’est la plus belle leçon qu’on puisse donner à ceux qui nous regardent de haut.
Parce que l’espoir, ici c’est nous.
Sinon, il nous reste plus que le suicide collectif … à méditer
David SCHMIDT


