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Harlow : tout savoir sur la théorie de l’attachement

Harlow : tout savoir sur la théorie de l’attachement

Sommaire : 

  1. Histoire
    1-1) Qui est Harry Harlow
  2. Quelle a été l’expérience menée par Harlow ?
  3. Qu’est-ce que cette expérience a apporté aux connaissances scientifiques ?
  4. Bowlby et la théorie de l’attachement
  5. La fosse du désespoir

1 – Histoire

Harry Harlow, psychologue américain, mena une expérience qui remua les connaissances sur la psychologie de l’enfant, en 1958. Cette expérience de mise en isolement social de jeunes macaques rhésus a montré comment l’attachement à la mère pouvait être déterminant dans le développement des primates. Ses travaux ont contribué à l’élaboration de la théorie de l’attachement, formalisée par le psychiatre américain John Bowlby.

1-1) Qui est Harry Harlow ?
Harry Harlow, psychologue et éthologiste américain du début du 20è siècle, s’est fait connaître pour ses expériences de mise en isolement social de jeunes macaques rhésus. Cette expérience, bien que très cruelle, a servi à démontrer l’importance de l’accompagnement dans les premiers stades du développement des primates.

Ceci a pu être ensuite reconnu comme une vérité chez les être humains : l’attachement à la mère dans les premiers stades de développement d’un bébé serait primordial à son développement psychique normal, et être déterminant pour son comportement social à venir.

A l’époque de l’expérience, en 1958, il faut savoir que peu de choses étaient connues de la fragilité psychologique des bébés et des jeunes enfants de moins de 5 ans. On pensait alors qu’il leur suffisait simplement de nourriture et de subvenir à leurs besoins primaires (boire, dormir ou encore faire leurs besoins pour grandir, sans accorder plus d’importance au besoin d’attachement, et également, la présence et la sécurité affective apportées ou non à ces enfants. On observait souvent dans des orphelinats des maltraitances psychologiques sur des jeunes enfants.

Les méthodes de Harlow, qualifiées de torture sur les animaux, ont été condamnées par de nombreux défenseurs de la cause animale. Pourtant, elles ont servi, à l’époque, à réveiller les consciences quant aux maltraitances liées à l’isolement de jeunes enfants, privés de l’amour et de la présence de leurs parents.

2- Quelle a été l’expérience menée par Harlow ?

Harlow avait décidé de vérifier la théorie de l’attachement dont Bowlby était le précurseur, en découvrant que la privation maternelle avait un lien déterminant sur l’évolution psychologique du jeune enfant, jusqu’à avoir un retard mental et une manière de s’attacher émotionnellement négative.

Pour cette expérience, Harlow s’est servi de macaques rhésus, une espèce asiatique qui vit facilement parmi les hommes, pour étudier le comportement de bébés séparés de leurs mères.

Harlow a placé les bébés dans des cages où étaient pourvus deux substituts maternels différents :

la première se présentait comme une « fausse mère » en métal, froide, mais pourvue d’un biberon de lait ;
la seconde se présentait comme une peluche ressemblant à un macaque adulte, chauffée artificiellement, mais dépourvue de biberon.

Le résultat de l’expérience

C’est alors que Harlow découvrit que les bébés se dirigeaient uniquement vers la peluche, et non la nourriture dont ils avaient besoin pourtant. Ils préféraient la sécurité affective, la chaleur et la tendresse que leur procurait le second substitut maternel, sacrifiant alors leur besoin de nourriture contre leur besoin de chaleur et de contact et d’amour.

Harlow démontra alors l’importance, avant tout autre besoin primaire, de l’attachement du bébé à sa mère quand ils sont encore petits. Le besoin de contact et de chaleur primerait donc sur la faim des bébés. La satisfaction des besoins de nourriture n’est donc pas essentielle dans l’établissement des liens entre la mère et l’enfant.

3- Qu’est-ce que cette expérience a apporté aux connaissances scientifiques ?

Le besoin d’attachement des bébés et de lien en contact avec la mère a longtemps été sous-évalué. L’idée, à l’époque de cette expérience, était proprement révolutionnaire dans la vision de la relation mère-enfant : un bébé n’aurait pas besoin que de manger, boire et dormir pour se développer, mais aussi et surtout de créer un lien de chaleur, de tendresse et d’amour avec la mère. Ce lien lui fournit la sécurité affective dont il a fondamentalement besoin.

Harlow fut le scientifique le plus célèbre dans cette théorie, puisque l’expérience qu’il mena fut très controversée, et choquante à plusieurs niveaux : par les nouvelles connaissances qu’elle apportait dans le domaine de la psychologie de l’enfant, mais aussi par l’aspect éthique de l’expérience, très cruelle sur les animaux.

Cette expérience permit à John Bowlby et Mary Ainsworth de développer la théorie de l’attachement.

4- Bowlby et la théorie de l’attachement

Peu après Harlow, et à la suite des articles préliminaires de 1958, Bowlby a exposé la théorie de l’attachement dans l’ouvrage en trois volumes Attachement et perte (1969-82 pour l’édition originale, 1978-84 pour l’édition française).

Dans la théorie de Bowlby, les interactions de l’enfant avec sa mère vont être déterminants pour sa vie relationnelle future. Sa première figure d’attachement, sa mère, va lui permettre de se construire des représentations du monde et de lui-même.

Dans cette théorie, chacun a son mode d’attachement qui lui est propre, reflétant notre mode préférentiel naturel d’interaction à l’autre. Ce dernier, déterminé dans l’enfance, n’évolue plus à l’âge adulte.

Bowlby, précurseur de cette théorie, a été cependant critiqué mais ses travaux ont été complétés dans les années qui ont suivi.

La mère de ces bébés est remplacée par deux ersatz, c’est-à-dire des leurres : une mère de fil de fer – rigide et froide – munie d’un biberon, et une douce mère de coton.

Lors des expérimentations, Harlow remarque, tout d’abord, que les petits macaques s’alimentent rapidement sur la première mère, mais s’accrochent des heures à la seconde. Il conclut que le bébé ne s’attache pas à sa mère parce qu’elle le nourrit, et que le besoin primaire du sens du toucher constitue une motivation tout aussi fondamentale que celle de se nourrir.

Ensuite, le psychologue observe que les singes, confrontés à des situations stressantes, cherchent à se rassurer par le contact, auprès de leur mère de coton. Ils se montrent aussi plus à même de découvrir des nouveaux éléments de leur environnement lorsqu’il leur est permis de se réassurer par ce contact tactile.

Pour autant, ces bébés singes, même accompagnés de leur mère de coton, montrent des retards de développement et des altérations du comportement : dépressifs, apathiques, passifs, présentant des stéréotypies, des conduites d’autoagressions et se laissant même parfois mourir de faim.

Plus encore, à l’âge adulte, lorsqu’ils sont mis en présence de congénères, ces mêmes petits macaques deviennent asociaux : totalement incapables de se lier à d’autres individus, ils ne parviennent pas à se reproduire, et beaucoup alternent période de prostration et d’agressivité (sans raison ni avertissement).

Au regard de ces résultats, la conclusion d’Harlow vis-à-vis de la mère de coton fut la suivante :

« Toucher ne suffit pas. Il faut être touché pour construire un être social. » Et en effet, un substitut tactile n’a pas d’effet sur la sociabilité du petit, il a besoin d’une véritable interaction pour acquérir des compétences sociales.

L’étude du psychologue est aujourd’hui très critiquée et notamment pour sa lecture normative des observations du comportement animal directement transposé à l’humain. En effet, en montrant les conséquences provoquées par la privation de stimulations sociales et sensorielles chez les macaques, Harlow entend prouver l’importance vitale des liens d’amour maternel chez les êtres humains. Ses résultats, même s’ils appuient les études nécessaires, réalisées dans les orphelinats, sur les besoins affectifs (et pas seulement alimentaire) des nourrissons, revêtent un caractère régressif.

Pour Chris Herzfeld – philosophe et spécialiste de l’histoire de la primatologie on constate aussi que : « [Harry Harlow] culpabilise durablement les femmes qui travaillent et commencent à se libérer du tutorat masculin et des contraintes de la maternité [parmi lesquelles l’obligation d’une présence constante auprès des enfants]. »

Enfin, et de manière d’autant plus dérangeante, cette étude pose la question de l’utilité scientifique et de l’admissibilité morale. Cette expérimentation reste d’ailleurs un symbole de la souffrance  inutile des singes de laboratoire.

Ces malheureux sujets de laboratoire ont servi à démontrer l’évidence que les premiers contacts sociaux sont cruciaux pour le développement des primates humains et non-humains.

5- La fosse du désespoir

Ce que Harry Harlow surnommait les puits de désespoir étaient ces chambres d’isolation dans lesquelles il mettait en isolement total des bébés macaques qu’il avait séparés de leur mère à 3, 6, 12 ou 24 mois. Complètement seuls, ces petits singes sombraient dans des états de dépression totale.

Des expérimentations clairement glauque sur des singes dans les années 70. Une de ses expérimentations était basé sur le placement de singes à l’intérieur de ce qu’il appelait ” puits ou fosse du désespoir ” Une pièce coupée du monde et entièrement vide , privant le singe de tous stimuli et interactions sociales , ce qui a eu pour résultat de rendre les sujets complètement fous , et à pousser les singes, dans deux des cas , à se dévorer eux même.

Harlow a ignoré les critiques de ses collègues et leur a répondu ” Comment pouvez vous aimer les singes ? ” .Cependant , malgré toute l’horreur de ses expériences , cela n’aura pas était entièrement inutile car ses agissements sont l’une des raisons de la création du mouvement pour les droits des animaux , ainsi que du concept de cruauté envers les animaux ..

Quand il a remis les macaques en collectivité, il a observé que leur attitude était à la limite de l’autisme. Aucune envie de jouer, aucune envie sexuelle… Le père Harlow n’était pas un tendre ! Et cette expérience n’avait rien de moral !

Il a utilisé diverses méthodes d’isolement et des moyens de simuler la négligence parentale ou même la maltraitance. Il produisait constamment des singes gravement perturbés, mais il n’a pas réussi à induire de dépression. À l’époque, il souffrait de sa propre dépression grave associée au diagnostic de cancer en phase terminale de sa femme.

Enfin, il a trouvé une méthodologie cohérente pour créer une dépression en concevant un appareil qui ressemblait à une pyramide inversée. Les côtés étaient raides, mais permettaient tout de même au singe de grimper au sommet pour regarder à l’extérieur. La partie supérieure était recouverte d’un filet.

Au départ, les singes montaient plusieurs fois pour surveiller et redescendaient rapidement. En quelques jours, ils abandonnaient, assis au milieu de l’appareil et ne bougeaient pas. Ils sont devenus presque engourdis.

Ce qui était encore plus troublant, c’est que lorsqu’ils sont retournés dans leur famille, ils ne sont pas revenus à leur comportement social normal. Peu importaient les problèmes que le singe avait avant l’expérience. Les singes anormaux ont empiré et les singes normaux ont subi le même sort. Même les « meilleurs » singes issus de familles stimulantes et interactives succomberaient.

L’équipe de recherche a estimé que cette « impuissance acquise » provenait d’une combinaison de ressentir la perte d’une bonne vie renforcée par des aperçus occasionnels du monde extérieur et de se sentir piégé. En moins d’une demi-semaine, tous les singes sont descendus en spirale.

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