Il faut continuer de se battre pour ses rêves

L’histoire d’un micro, d’une radio et d’une rage de vivre

Par David Schmidt – journaliste satirique mais pas cynique (pour une fois)

Il paraît qu’à Forbach, l’optimisme serait réservé à quelques inconscients, eh bien j’en fais visiblement partie. Il y a cinq ans, le premier jour d’un confinement déprimant alors que le monde se ruait sur le papier toilette et les pattes comme une bande de survivalistes stressés, moi je branchais un micro au câble douteux à un ordinateur épuisé en lançant FOR’FM Radio. On me disait alors, avec la tendresse habituelle des pessimistes : « Laisse tomber, ici ça marchera jamais ! ».

Oui, il paraît qu’à Forbach, rien ne marche. Il paraît qu’ici, ce n’est pas la peine d’essayer. Il paraît qu’on attend que ça vienne de … nulle part. Il paraît aussi que les rêves, c’est bon pour les enfants et les poètes ruinés. Moi, je vais vous dire ce qui ne marche pas : écouter les « il paraît ».

Parce qu’il y a cinq ans, alors que la France fermait ses portes et que le silence s’installait comme un locataire indésirable, j’ai branché un micro sur un vieil ordi éclaté et j’ai cliqué sur « enregistrer ». Pas pour faire le buzz. Pas pour flatter l’égo. Juste pour qu’une voix existe, dans ce foutu désert sonore. C’est ce jour-là qu’est née FOR’FM Radio. Le 1er jour du confinement. Quand tout le monde se cachait, moi j’ai allumé un micro.

Cinq ans plus tard, c’est avec une jubilation presque sadique que je contemple mon studio flambant neuf, preuve vivante que même à Forbach, où l’on croit que les rêves ne poussent pas, on peut bâtir quelque chose à partir de rien et par soi-même.

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui FOR’FM, ce n’est plus un simple câble USB et une bonne dose de folie. C’est un vrai studio. C’est près de 300 vidéos, des interviews, des rencontres, un chat, des projets qui ont nourri un rêve… et un peu moins mon frigo, certes.

Mais un rêve, quand il se nourrit d’efforts, finit toujours par nourrir quelqu’un d’autre. Et ce « quelqu’un d’autre », ce sont les auditeurs. Ce sont ces jeunes, ces anciens, ces commerçants, ces artistes, ces « personnes ordinaires » qui m’ont dit un jour : « merci pour ce que tu fais ». Eux qui m’ont forcé à devenir un vrai journaliste (ou presque) et une population qui contre toute attente, ne fuit pas devant moi mais me félicite.

Et moi, j’étais là à galérer pour payer un serveur et à tenter de faire tenir une antenne avec trois bouts de ficelle et un tuto YouTube. Mais des gens ont tendu la main. Une commune, des donateurs anonymes (des anges sans ailes mais avec un RIB), qui ont dit : « On y croit. » À moi. À la radio. À ce foutu rêve né dans une pièce de même pas 10 m².

Il y a eu ces matins où les factures semblaient plus menaçantes que le dernier astéroïde qui a tué tous les dinos, ces nuits où même l’insomnie avait honte de me tenir compagnie.

Et puis il y a les autres. Ceux qui dès le départ avaient tout compris (soi-disant) :

« À Forbach ? Une radio locale ? Tu perds ton temps. »

Ceux-là, ils ne m’ont pas freiné. Ils m’ont donné une putain de raison de continuer. De me former à distance, avec les moyens du bord. De devenir animateur radio, par persévérance. D’apprendre à poser les bonnes questions, à tendre le micro au bon moment et à faire parler ceux qu’on n’entend jamais.

Il y a eu des nuits blanches. Des moments où je me suis demandé si c’était pas un délire de trop. Et puis il y a eu ces sourires, ces interviews imprévues, ces invités qui repartent avec des étoiles dans les yeux après avoir parlé dans un micro pour la première fois.

Alors non, je ne suis pas arrivé au bout. Mais aujourd’hui je me relève. Pas en costard-cravate. Mais debout, droit, micro en main. Être à genoux, c’est une chose. Y rester, c’est une autre histoire. À tous ceux qui hésitent encore à se relever, sachez ceci : même dans la pire des villes ou le pire des scénarios, les rêves méritent toujours qu’on se batte pour eux. Le succès n’est rien d’autre qu’une vengeance froide servie aux incrédules.

Parce que FOR’FM, c’est la preuve vivante que si tu tombes à genoux, c’est juste pour mieux reprendre appui. Et que dans cette ville qu’on dit morte, il y a encore des cœurs qui battent. Fort.

Et moi ? Je veux battre avec eux.
Parce qu’il faut continuer de croire en ses rêves, même si ça fait mal qu’ils n’aboutissent pas encore.
Surtout quand ils font mal.

Je continuerai à croire en l’avenir parce que malgré tout, je sens enfin que l’espoir et l’épanouissement ne sont plus des mots vides mais une réalité palpable. Alors à ceux qui rêvent encore et doutent beaucoup trop : relevez-vous, battez-vous et surtout, souriez à ceux qui attendent encore votre chute.

Et maintenant ? On reprend l’antenne.
Parce que la voix de Forbach ne s’éteindra pas tant qu’il y aura quelqu’un pour y croire.
Et moi, j’y crois. Encore. Toujours.
Même si ça tremble et qu’il y aura encore des fin de mois qui tiennent sur une jambe.

Parce que FOR’FM, c’est pas juste une radio.
C’est un combat. Un cri. Une promesse que je me suis faite.
Et je suis pas prêt de me taire.

David SCHMIDT

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