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LoLa, analyse d’un drame Français

Funérailles de Lola, 12 ans, analyse d’une France qui se soulève.

Rappel : Une fillette de 12 ans, Lola, a été enterrée lors de funérailles après avoir été assassinée il y a 10 jours à Paris. Son corps a été retrouvé dans la cour de sa maison, et sa mort a laissé la ville et le pays horrifiée. Au-delà de l’émotion devant la mort d’un enfant dans des circonstances effroyables, comment expliquer qu’un crime frappe l’opinion au cœur ?

Le corps profané

En premier lieu, on note que le choc ressenti par la population repose sur une évidence: le meurtre d’un enfant tient toujours du scandale. Pourtant, les infanticides ne sont hélas pas si rares et tous ne prennent pas cette ampleur médiatique. Il leur faut, pour ce faire, s’entourer d’une aura particulièrement scabreuse.

Le porte-parole du gouvernement français, Olivier Veran, a déclaré lors d’un point presse : “Nous sommes profondément bouleversés, face à l’horreur et à la douleur”.

Les faits :
Le père de Lola a signalé la disparition de sa fille dans l’après-midi du 14 octobre lorsqu’elle n’est pas rentrée de l’école. Il travaille comme concierge dans l’immeuble et a utilisé la vidéosurveillance pour retracer les derniers pas de sa fille.Il a affirmé qu’elle était entrée dans l’immeuble avec une femme inconnue, qui est ensuite apparue seule dans un couloir alors qu’elle partait, portant ce qui semblait être une lourde valise.

L’examen post-mortem a montré que Lola était morte d’une “défaillance cardiorespiratoire avec des signes d’asphyxie et de compression cervicale”, a déclaré le procureur.

Le rapport du légiste fait état de blessures au visage, au dos et au cou, ainsi que de lésions compatibles avec une agression sexuelle. Une femme de 24 ans a été arrêtée samedi dans la capitale. Elle est en garde à vue pour meurtre et viol sur mineur, torture, actes de barbarie et dissimulation de cadavre, a indiqué le procureur de la République de Paris.

Selon le communiqué du procureur, un homme de 43 ans est également en garde à vue, accusé d’avoir aidé à cacher le corps de Lola. Une enquête judiciaire est en cours pour déterminer le mobile du meurtre et la chronologie des événements qui ont conduit à cette mort dévastatrice.

Le maire de Paris et le ministre de l’éducation Pap Ndiaye ont visité l’école de la fillette et des psychologues ont offert leur soutien aux parents et aux élèves.

“Empathie de proximité”

Dans le langage des sciences humaines et de la psychologie, le lien établi entre le grand public et un dossier aussi douloureux que le meurtre d’une enfant comme Lola porte un nom, selon le praticien Benjamin Lubszynski: “l’empathie de proximité”. “C’est une émotion qu’on partage tous: cet enfant pourrait être le nôtre”, pose le psychothérapeute.

Relevant que beaucoup de facteurs depuis la futilité du mobile allégué par la mise en examen jusqu’aux modalités du crime, font que ce dernier est “difficilement explicable” à ce stade, Benjamin Lubszynski ajoute que cette incertitude renforce encore la crainte soulevée par l’affaire.

Et le sentiment d’identification du même coup : “Penser que votre enfant peut être tué comme ça et de manière si atroce réveille une peur archaïque. On est dans quelque chose d’extrêmement proche”. “La conjonction de cette hyper proximité, d’un meurtre si violent et d’une figure de l’innocence favorise le retentissement empathique”, achève le spécialiste.

Emmanuel Macron a également reçu les parents de la jeune fille à l’Elysée mardi et a déclaré qu’il avait exprimé “ses condoléances et offert sa solidarité et son soutien dans cette terrible épreuve qui nous bouleverse tous”.

Selon certaines informations, la femme qui a été arrêtée est une immigrée algérienne qui est restée dans le pays malgré un ordre d’expulsion. Les rivaux politiques du président se sont emportés contre Macron et ont rendu sa politique d’immigration responsable de la mort de la jeune fille.

Marine Le Pen, chef du parti d’extrême droite Rassemblement national, a déclaré lors d’une séance houleuse de l’Assemblée nationale : “La suspecte de cet acte barbare n’aurait pas dû se trouver dans notre pays. M. Veran, le porte-parole du gouvernement, a déclaré mercredi que les parents de Lola “nous demandent un soutien collectif dans ce qu’ils traversent, sans ajouter à leur douleur”.

Il a ajouté : “Comme eux, nous voulons des réponses. Comme eux, nous voulons punir avec la fermeté nécessaire que justifient les atrocités qui ont été commises. C’est aux autorités judiciaires de le faire”.

Lola, a été enterrée ce lundi dans le nord de la France. Ses parents ont appelé à la “dignité” et au “respect” avant les funérailles de leur fille.

Dans un communiqué, les parents de Lola ont déclaré :
“Au milieu de la peur et de la douleur que nous éprouvons, nous souhaitons la paix et le recueillement pour faire notre deuil. Pour la mémoire de Lola, nous souhaitons que les différentes cérémonies se déroulent dans un esprit de sérénité et de calme, loin de l’agitation politique et médiatique.”

“Nous comprenons le désir d’information pour comprendre l’incompréhensible, mais cela doit se faire dans la dignité et le respect”, poursuivent-ils, demandant “à chacun de garder la distance nécessaire.”

Ils ajoutent que “le soutien de toute une population est une aide précieuse pour surmonter cette douloureuse épreuve. Mais nous souhaitons que ceux qui viendront apporter leur soutien” le fassent “sans écharpe officielle ni signe particulier d’appartenance à une organisation politique.”

Mercredi, le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran a salué le “courage” des parents de Lola “qui font face à l’indicible”.

Les parents nous ont demandé “de manifester notre soutien collectif à ce qu’ils vivent sans en rajouter”, a souligné M. Véran. Le gouvernement français a accusé la droite et l’extrême droite d’exploiter le cas de Lola à des fins politiques.

Montrons-leurs toute notre compassion

Les obsèques de l’écolière de 12 ans ont eu lieu lundi à 14h30 à Lillers, ville natale de sa mère, dans le nord de la France.

La cérémonie à été “ouverte à tous ceux qui souhaitent lui rendre un dernier hommage”, ont déclaré ses parents, mais “l’inhumation au cimetière se fera dans la plus stricte intimité”.

La cérémonie célébrée par l’évêque d’Arras, Mgr Olivier Leborgne, en l’église de Saint-Omer, a indiqué le diocèse jeudi.

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, assistera à la cérémonie.

Vendredi, un rassemblement pour “rendre hommage à Lola” et “soutenir sa famille et ses amis” était prévu à Fouquereuil, la ville de la région de Béthune dont est originaire le père de la fillette.

“A ce jour, les parents de Lola ont décidé de quitter Paris pour retourner vivre à Fouquereuil. Avant leur retour définitif, c’est l’occasion de venir leur témoigner toute notre compassion dans ces moments de grande peine”, écrit le maire, Gérard Ogiez, sur le site internet de cette commune de 1 600 habitants.

L’horreur au féminin

Il reste à débusquer l’impensé potentiellement niché au fond de la douleur inspirée par les sévices infligés à Lola. Ce crime horrifie-t-il davantage lorsqu’il est attribué à une femme, censée, dans l’imaginaire commun, nourrir un instinct maternel à l’égard de l’enfance, et être moins prompte qu’un homme au passage à l’acte?

C’est pourtant un drame bien humain, jusque dans son abjection, que les enquêteurs doivent à présent éclairer. Et dans toute sa réalité.

« La polémique a pris le pas sur le débat de fond »

David SCHMIDT : J‘en appelle à un débat de fond autour du drame du meurtre de Lola, pour analyser les défaillances et en tirer les conséquences. 

Il n’est pire drame que la mort d’un enfant, a fortiori lorsqu’il est victime d’un meurtre. Nous sommes tous saisis d’effroi depuis quelques jours en apprenant les circonstances du meurtre de Lola. La jeunesse de la victime nous émeut comme à chaque meurtre d’enfant, et l’évocation des faits rapportés par les médias rend sa mort encore plus intolérable. S’ajoute la peur pour son propre entourage qu’un tel drame pourrait frapper. Des parents, grands-parents, proches éprouvent de la peur à l’idée que l’un des leurs aurait pu être la victime. D’un coup le risque devient probable.

Des drames souvent peu médiatisés

Chaque année, des enfants sont victimes d’actes meurtriers, mais pour la plupart leur drame est peu médiatisé. Il ne s’agit pas de le regretter, mais de s’interroger.

Pourquoi certains de ces drames ont-ils plus d’écho que d’autres ?
Pourquoi bouleversent-ils autant ?
Pourquoi les médias s’en emparent-ils à ce point ?
Pourquoi deviennent-ils une affaire politique, une affaire d’État ?

Sans doute pour leur horreur et leur caractère hors norme qui ébranlent toute la société et nos institutions. Les circonstances de la mort de Lola s’inscrivent dans ce registre. Cependant, ce drame a pris bien vite une autre dimension. Les débats au Parlement suscitent des tensions que seule l’émotion devrait justifier. Nos représentants comme tout un chacun sont sidérés à n’en pas douter par la mort de Lola. Leurs réactions de colère sont légitimes. Et débattre est tout aussi légitime, car l’opinion publique ne comprendrait certainement pas leur silence. Débattre pour en tirer les premiers enseignements, pour rassurer surtout, c’est probablement ce que le pays attend dans cet instant de crise mais qui ne se produit pas.

La polémique a pris le pas sur le débat de fond

La polémique a pris le pas sur le débat de fond, les uns incriminant le rôle coupable de l’État et glissant sur la question de l’immigration, les autres dénonçant un comportement indigne eu égard à la famille de la victime. Divers commentateurs évoquent la récupération par l’extrême droite, d’autres dénoncent l’esquive du gouvernement les privant d’un débat démocratique.

L’hypothèse que ce drame aurait pu être évité si la suspecte avait quitté le territoire est une hypothèse plausible ?

Comme à chaque meurtre, il est inévitable de s’interroger sur les facteurs et les circonstances qui ont conduit à l’acte meurtrier, et d’émettre des hypothèses. Se serait-il produit si… ? Mais au-delà de l’hypothèse, la question migratoire est centrale pour certains parlementaires, reléguant ainsi à l’arrière-plan le drame dont il s’agit, et en ce sens, il y a à l’évidence détournement de l’objet au profit d’un intérêt partisan.

Alors même que les faits sont récents et que l’enquête s’amorce, le risque est d’aggraver dans cet instant d’émotion extrême le sentiment d’insécurité au sein d’une opinion publique déjà fortement ébranlée. Affirmer que l’État est coupable de ce meurtre parce que la décision d’obligation de quitter le territoire français n’a pas été exécutée, c’est insinuer l’impuissance voire l’incompétence de l’État, et de la justice, à protéger les citoyens. Or, dans le contexte d’un tel drame, les familles éprouvent plus que jamais le besoin de se sentir en sécurité. C’est ajouter de la peur à l’émotion, c’est en jouer.

Ne pas taire les défaillances

Il ne s’agit pas de taire des difficultés et des défaillances, ni d’être dans le déni des violences où qu’elles se produisent. Les dénoncer est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut se donner les moyens de les anticiper autant que faire se peut et de les combattre pour mieux protéger, notamment les plus vulnérables, et en particulier les enfants. La meilleure façon d’y remédier devrait être d’en parler, de dialoguer, de poser les bonnes questions, d’analyser et de réfléchir ensemble à propos de ce que chacun peut faire à son niveau.

– L’État ne peut pas être derrière chaque citoyen, d’ailleurs celui-ci le voudrait-il ?
– L’exécution des décisions de justice peut s’avérer compliquée, comment la faciliter ?
– La santé est exsangue et en particulier la santé mentale pour traiter des traumatismes, que proposer ?
– Quelles actions pour prévenir de tels actes ?
– Quel rôle pour l’école, pour les parents, pour tout un chacun ?

De tels drames sont à l’évidence multifactoriels, et cibler seulement l’un des facteurs pour justifier le drame et en tirer des conclusions, c’est réducteur et c’est compromettre les chances de limiter les passages à l’acte. Toute politique fondée, notamment en matière pénale, ne peut se résumer à des réponses aussi expéditives, aussi idéologiques.

Il ne s’agit pas d’être laxiste, ou naïf, ou de justifier l’injustifiable, mais de se donner les moyens à tous points de vue de prévenir et de répondre de manière adaptée à de tels actes dans l’intérêt de la société tout entière. Dans l’intérêt des institutions qui ont la responsabilité de ces questions, au premier rang desquelles la justice et la police. Dans l’intérêt des politiques eux-mêmes qui doivent savoir en de telles circonstances répondre aux attentes du pays, et à cet égard faire œuvre de consolidation, de restauration de la confiance et de réassurance dont nous avons tant besoin.

David SCHMIDT

 

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