France

Mélenchon : Sophia Chikirou, sa femme de l’ombre

L'histoire des surfacturations

En couple avec le député et candidat à la présidentielle 2022 depuis 2011 d’après Le Point, Sophia Chikirou fait parler d’elle en 2018. En effet, la conseillère en communication a été soupçonnée de surfacturations pour ses services durant la campagne de Jean-Luc Mélenchon de 2017. « Nous avons découvert que certaines prestations de la société de Sophia Chikirou, Médiascop, paraissent très chères. Par exemple, pour une mise en ligne d’un discours sur Internet, c’était facturé 250 euros à chaque fois. Il y a eu 19 discours. Pour du sous-titrage, Médiascop faisait payer 200 euros la minute. Au total, ce sont 1 200 000 d’euros qui auraient été facturés par l’entreprise de Sophia Chikirou » selon la cellule investigation de Radio France.

D’origine kabyle par ses parents, Sophia Chikirou est diplômée en communication politique et sociale de l’IEP de Grenoble. A 18 ans, elle adhère au Parti socialiste et devient par la suite assistante parlementaire pendant 5 ans. Porte-parole de Laurent Fabius lors de l’élection présidentielle de 2007, elle fait alors la connaissance de Jean-Luc Mélenchon.

Bien que Sophia Chikirou et Jean-Luc Mélenchon démentent formellement être en relation, (le député LFI se plait à rappeler qu’il est célibataire aux yeux des impôts) ils auraient été vus ensemble lors de la perquisition du domicile de Jean-Luc Mélenchon, à 7h du matin, comme l’a révélé Médiapart en 2018. La réaction du politicien ne s’est pas faite attendre. Se filmant, attablé dans un bistrot, l’ex-compagnon de Saida Jawad a déclaré, à propos des journalistes : « Ils sont pires que les flics (…) Elle n’est pas ma compagne. L’insinuation est toujours sur les femmes, pour laisser entendre qu’elles sont autre chose que ce qu’elles font », a-t-il déploré. De son côté, Sophia Chikirou n’a jamais officialisé ses bruits de couloir.

Mediascop est au centre de l’enquête préliminaire qui vise l’entourage du candidat.

Stratégie de communication, gestion des réseaux sociaux, réalisation de vidéos, objets promotionnels… Mediascop était incontournable lors de la campagne de la France insoumise. L’agence de communication a facturé pour près de 1,2 million d’euros de prestations, soit 11% du budget total de la campagne. Situation inhabituelle, Mediascop employait une dizaine des membres du staff du candidat. Chez tous les autres candidats à la présidentielle ces fonctions étaient directement rattachées à l’association de financement de campagne qui payait leurs salaires. Jean-Luc Mélenchon a fait le choix de confier une bonne partie de son équipe à la société de Sophia Chikirou.

À l’écouter, les prestations qui apparaissent sous les mentions “production” et “préparation de l’animation” sur la facture seraient effectuées par elle-même ce jour-là, ce que deux anciens membres de l’équipe de campagne nous ont confirmé par ailleurs. Ce jour-là, ses interventions auraient donc été facturées 3 900 euros.

Des missions découpées en tranches sur les factures

Un autre point qui pose question est la façon dont ont été facturées certains aspects de la campagne. C’est le cas du “community management”, en clair, la gestion de la campagne du candidat sur les réseaux sociaux. D’après l’organigramme de campagne que nous nous sommes procuré, ces fonctions étaient assurées par trois personnes dont deux étaient payées par Mediascop. Pour les quatre derniers mois de la campagne, le travail des “community managers” est découpé en une dizaine de tâches différentes. Il est ainsi facturé 58 800 euros. Mediascop ne semble pas avoir choisi la solution la plus économique pour le candidat qui aurait consisté à facturer au forfait jours la mise à disposition des deux salariés.

La justice soupçonne des “manœuvres” pour obtenir des remboursements de l’État

La France insoumise n’était certes pas la formation politique la plus fortunée de la campagne présidentielle, mais si elle a pu engager presque 11 millions d’euros de dépenses, c’est qu’elle savait très tôt qu’elle pourrait bénéficier du remboursement de l’État, vu qu’il apparaissait quasi-certain que son candidat allait franchir la barre des 5% des suffrages, condition pour être remboursé.

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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