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Interview Léon BOUR et Mariane LAURENCE

Une vie au fond de la mine, une mémoire à transmettre

À 17 ans, il découvrait les profondeurs du puits de Marienau, à Forbach. Aujourd’hui retraité et président de la Société des mineurs de Forbach, Léon Bour consacre une partie de son temps à faire vivre la mémoire de ceux qui ont façonné l’histoire de notre territoire. Rencontre avec un homme pour qui la mine n’est pas seulement un ancien métier, mais toute une vie.

Une première descente à seulement 17 ans

Il y a des métiers qui marquent une existence entière et celui de mineur de fond en fait incontestablement partie. Léon Bour a commencé son parcours professionnel par trois années de formation à l’école des mines (CET) de Schoeneck. C’est à seulement 17 ans qu’il effectue sa première descente au fond au puits de Marienau, à Forbach.

Après une année passée au quartier école pour apprendre les rudiments du métier, il entre dans la production dès ses 18 ans. Il découvre alors le travail dans les tailles de charbon, avec la foration, l’abattage à l’explosif et le boisage des fronts de taille. Six années plus tard, il rejoint les tailles mécanisées en tant que rippeur de piles, travaillant avec le soutènement marchand. Au fil de sa carrière, il occupera différents postes jusqu’à devenir chef de chantier.

Ses dernières missions seront consacrées à la fermeture des puits, notamment par la réalisation de barrages en béton.

Un métier difficile, une solidarité indispensable

Derrière l’image industrielle du bassin houiller se cache une réalité que les générations actuelles ont parfois du mal à imaginer.

La poussière, la fatigue, les conditions de travail difficiles et parfois le manque de protections faisaient partie du quotidien des mineurs. Descendre au fond n’était pas une simple journée de travail : c’était accepter de travailler dans un environnement exigeant, où la sécurité de chacun dépendait aussi de la vigilance des autres.

Mais la mine, c’était également une histoire de camaraderie et de solidarité. Au fond, les hommes partageaient les mêmes difficultés, les mêmes risques et cette nécessité de pouvoir compter les uns sur les autres. Une fraternité qui dépassait largement les portes de l’entreprise et qui a contribué à façonner l’identité de toute une région.

De l’héritage familial à la présidence de la Société des mineurs de Forbach

L’engagement de Léon Bour pour la mémoire minière ne date pas d’hier. En 1993, sur proposition de son père, alors secrétaire de l’association, il rejoint la Société des mineurs de Forbach. Une transmission familiale qui prendra progressivement une place importante dans sa vie.

Aujourd’hui, il en est le président.

Avec les membres de l’association, il participe à entretenir le souvenir des anciens mineurs, à rappeler les grandes catastrophes minières et à rendre hommage aux camarades disparus. Ces commémorations se déroulent à Forbach, mais également lors de rencontres et de déplacements auprès d’autres associations, notamment en Sarre. La mémoire minière ne s’arrête pas aux frontières, elle appartient à un territoire, à des familles et à des générations de travailleurs dont l’histoire est profondément liée.

Des derniers témoins d’une époque qui ne reviendra pas

Les anciens mineurs sont aujourd’hui les derniers témoins vivants d’une époque qui a profondément façonné notre région et notre identité. Une époque où le travail occupait une place centrale, où l’on vivait peut-être avec moins de confort, mais où la solidarité, la fraternité et le sentiment d’appartenir à une même communauté donnaient un sens particulier à la vie.

On aimait son métier, ses camarades, son territoire et son pays.

Faire comprendre cette époque aux jeunes générations est devenu un véritable défi. Elles ne connaîtront jamais ces descentes au fond, ces journées éprouvantes, ces dangers partagés ni cette solidarité qui unissait les hommes face à l’adversité. Pourtant, elles ont beaucoup à apprendre de ces générations qui savaient que personne ne pouvait avancer seul.

Au-delà du charbon, des galeries et des puits, c’est toute une leçon de vie qui nous est transmise notamment celle du respect, de l’entraide, de la fraternité et de l’attachement à une histoire commune. Les mines ont fermé, les hommes vieillissent, mais leur mémoire mérite de rester vivante. Mais oublier les mineurs ce serait aussi oublier une partie de ce que nous sommes.

Une solidarité qui dépasse les frontières, jusqu’en Guinée

Cette rencontre a également été l’occasion de saluer la présence de Mariane Laurence, engagée dans une démarche de partenariat avec les mineurs de Moselle afin de contribuer à l’amélioration des conditions de travail des mineurs en Guinée. Une initiative qui fait écho à l’histoire de nos anciens mineurs.

Car si les générations se succèdent et que les réalités du travail évoluent, certaines préoccupations restent universelles comme la dignité des travailleurs, la sécurité, la reconnaissance du métier et le respect de celles et ceux qui risquent leur vie pour exercer leur profession. Ce rapprochement rappelle que la solidarité entre les hommes ne connaît ni frontières ni distance.

L’expérience des anciens mineurs de Moselle peut ainsi contribuer à nourrir une réflexion sur les conditions de travail de ceux qui exercent encore aujourd’hui ce métier ailleurs dans le monde.

Une mémoire à ne jamais oublier

À travers le témoignage de Léon Bour, c’est une partie de l’histoire de Forbach et de la Moselle-Est qui reprend vie. Son parcours rappelle que derrière le développement industriel de notre région, il y avait des hommes, des familles, des sacrifices et des destins.

Aujourd’hui, les puits se sont tus. Mais grâce aux anciens mineurs et aux associations qui poursuivent ce travail de mémoire, leur histoire continue d’être racontée. Et c’est sans doute le plus bel hommage que l’on puisse leur rendre : ne pas oublier ceux qui ont construit une partie de notre histoire.

Merci à Léon Bour pour son témoignage, ainsi qu’à Mariane Laurence pour sa présence et son engagement.

David Schmidt — Journaliste indépendant

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