Occultisme

La religion rend-elle les hommes meilleurs ?

La science s'est penchée sur la question »

Ce que révèle la psychologie

La religion ne serait-elle pas seulement une affaire de foi, de spiritualité ou de croyances ? Selon certaines recherches en psychologie, elle pourrait également jouer un rôle dans notre capacité à nous contrôler, à résister aux tentations et à respecter certaines règles sociales. Mais que dit réellement la science ?

Depuis des millénaires, la religion occupe une place centrale dans les sociétés humaines. Elle façonne les cultures, influence les comportements, établit des règles morales et rassemble des communautés autour de croyances communes.

Mais une question intrigue depuis longtemps les chercheurs : pourquoi les êtres humains ont-ils développé des croyances religieuses ? Et surtout, à quoi servent-elles réellement dans le fonctionnement de nos sociétés ?

Plusieurs théories tentent d’expliquer l’apparition et la persistance des religions. Pour certains chercheurs, elles auraient favorisé la coopération entre des individus qui ne se connaissaient pas. Pour d’autres, la croyance en des divinités capables d’observer et de juger les comportements aurait contribué à faire respecter les règles collectives.

Une autre hypothèse mérite également notre attention : la religion pourrait renforcer certains mécanismes psychologiques liés à la maîtrise de soi.

Cette idée a notamment été étudiée en 2012 par une équipe de chercheurs de l’Université Queen’s, au Canada.

Quand la religion entre dans le laboratoire

Dans une étude publiée en juin 2012 dans la revue scientifique Psychological Science, Kevin Rounding, Albert Lee, Jill A. Jacobson et Li-Jun Ji ont présenté quatre expériences destinées à examiner les liens entre pensées religieuses et maîtrise de soi.

Leur hypothèse était relativement simple : évoquer mentalement des notions religieuses pourrait aider certaines personnes à mieux contrôler leurs impulsions et à persévérer face à des situations désagréables.

Pour vérifier cette idée, les chercheurs ont utilisé différentes expériences psychologiques.

Première expérience : résister à une boisson particulièrement désagréable

Les participants devaient boire un mélange de jus d’orange et de vinaigre, une préparation volontairement peu agréable.

Certains avaient été exposés auparavant à des mots associés à la religion, sans que l’objectif véritable de l’expérience leur soit révélé.

Les chercheurs ont ensuite observé combien de temps les participants acceptaient de continuer à boire cette préparation.

Le résultat rapporté par l’équipe allait dans le sens de son hypothèse : les personnes ayant été exposées aux références religieuses ont montré une plus grande persistance dans cette tâche.

Pour les chercheurs, cela pouvait traduire une amélioration ponctuelle de la maîtrise de soi.

Deuxième expérience : résister à la tentation d’une récompense immédiate

La deuxième expérience portait sur un mécanisme bien connu de la psychologie : la capacité à différer une gratification.

En d’autres termes, sommes-nous capables de renoncer à un avantage immédiat pour obtenir une récompense plus importante ensuite ?

Les participants étaient confrontés à un choix financier dans le cadre de l’expérience.

Les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient été exposés à des notions religieuses étaient davantage susceptibles de choisir la récompense différée.

Cette observation suggérait que les pensées religieuses pouvaient influencer la manière dont certains individus géraient leurs impulsions et leurs décisions.

Troisième expérience : la religion face à la fatigue mentale

Les chercheurs ont ensuite voulu examiner une autre question : les références religieuses pouvaient-elles aider à maintenir la persévérance après un effort mental ?

Pour cela, certains participants devaient réaliser une activité destinée à solliciter leur attention et leur concentration.

Ils étaient ensuite confrontés à des problèmes géométriques volontairement impossibles à résoudre.

L’objectif était de mesurer leur persévérance face à une difficulté sans solution.

Les chercheurs ont observé que, parmi les participants ayant effectué la première tâche fatigante, ceux qui avaient été exposés à des références religieuses persistaient davantage.

Les auteurs ont interprété ces résultats comme un possible effet de restauration de la maîtrise de soi.

Quatrième expérience : religion, morale et peur de la mort

La dernière expérience cherchait à comprendre si cet effet était véritablement lié à la religion ou s’il pouvait simplement provenir de pensées morales ou de préoccupations liées à la mort.

Les participants étaient exposés à différents types de mots : religieux, moraux ou associés à la mortalité.

Ils devaient ensuite réaliser le test de Stroop, une épreuve psychologique qui consiste notamment à identifier la couleur de l’encre d’un mot sans se laisser distraire par sa signification.

Les résultats ont montré que les références religieuses et les références morales pouvaient toutes deux être associées à une meilleure performance dans cette expérience.

Cette dernière observation soulevait une question intéressante : est-ce réellement la religion qui renforce la maîtrise de soi, ou est-ce plutôt l’activation de valeurs morales et de règles intériorisées ?

Pourquoi la religion pourrait-elle influencer nos comportements ?

Plusieurs explications sont envisagées.

La première repose sur la croyance en une divinité omnisciente, capable d’observer les comportements humains, même lorsque personne d’autre ne regarde.

Dans cette perspective, une personne qui croit être constamment observée par une puissance supérieure pourrait être davantage incitée à contrôler ses actes.

Une deuxième explication repose sur la peur d’une sanction surnaturelle. La perspective d’une récompense ou d’une punition après la mort pourrait influencer certaines décisions prises au quotidien.

Une troisième piste est davantage sociale : les pratiques religieuses renforcent parfois le sentiment d’appartenance à une communauté. Les règles, les cérémonies et les engagements collectifs peuvent encourager la responsabilité individuelle et le respect des autres.

Il ne faut cependant pas confondre ces mécanismes. La religion peut avoir une dimension spirituelle, psychologique et sociale, sans que l’une de ces dimensions explique à elle seule son existence.

Mais la science a depuis apporté des nuances importantes

L’étude de 2012 a suscité de l’intérêt, mais elle ne constitue pas une preuve définitive que la religion améliore systématiquement la maîtrise de soi.

Depuis, d’autres chercheurs ont réexaminé ces mécanismes.

En 2021, Zeve J. Marcus et Michael E. McCullough ont publié une revue scientifique consacrée à la question : Does religion make people more self-controlled? A review of research from the lab and life.

Leur analyse apporte une distinction importante.

Les expériences consistant à exposer brièvement des participants à des mots religieux ne semblent pas produire de manière suffisamment robuste une amélioration immédiate de la maîtrise de soi.

En revanche, les chercheurs relèvent des éléments suggérant que certaines pratiques religieuses, notamment la prière, ainsi que la fréquentation d’environnements et d’institutions religieuses, pourraient influencer la maîtrise de soi sur des périodes plus longues.

Autrement dit, il existe une différence entre lire quelques mots évoquant Dieu dans un laboratoire et participer régulièrement à une pratique religieuse qui structure une partie de sa vie.

Une autre difficulté concerne la théorie de l’épuisement de l’ego, utilisée dans certaines expériences psychologiques pour expliquer pourquoi notre capacité à nous contrôler pourrait diminuer après un effort mental.

Cette théorie a été fortement discutée.

En 2021, une vaste étude menée dans 36 laboratoires avec 3 531 participants n’a pas retrouvé de preuve statistiquement convaincante de l’effet classique d’épuisement de l’ego dans son analyse principale.

Cela ne signifie pas que la fatigue mentale n’existe pas, mais que le modèle d’une réserve limitée de volonté qui se viderait comme une batterie reste scientifiquement contesté.

La prudence est donc nécessaire lorsqu’on interprète les expériences de 2012.

La religion est-elle indispensable pour vivre ensemble ?

C’est peut-être la question la plus intéressante que soulèvent ces recherches.

Les sociétés humaines ont besoin de règles, de confiance, de solidarité et de mécanismes permettant de limiter les comportements nuisibles.

La religion a parfois joué un rôle important dans la construction de ces règles. Elle a contribué à créer des communautés, à transmettre des valeurs et à organiser des pratiques collectives.

Mais elle n’est pas la seule à pouvoir remplir ces fonctions.

Les sociétés laïques disposent également de systèmes moraux, de règles juridiques, de traditions culturelles et de mécanismes de solidarité qui permettent aux individus de vivre ensemble.

Un croyant n’est pas automatiquement plus honnête ou plus discipliné qu’un non-croyant. De la même manière, l’absence de croyance religieuse ne signifie pas l’absence de morale.

La maîtrise de soi dépend de nombreux facteurs : l’éducation, l’environnement familial, les expériences personnelles, les habitudes, les valeurs et les mécanismes psychologiques individuels.

La foi, une réponse humaine à des besoins multiples

La religion ne se résume probablement pas à une simple fonction psychologique.

Elle peut apporter du réconfort face à la mort, donner un sens à l’existence, renforcer les liens sociaux et offrir un cadre moral à ceux qui y adhèrent.

Elle peut aussi, dans certaines circonstances, être utilisée pour justifier l’exclusion, la domination ou les conflits.

L’histoire humaine montre ainsi que la religion est capable de rassembler comme de diviser.

Les recherches de Kevin Rounding et de ses collègues ont ouvert une piste intéressante sur les liens entre croyances religieuses et maîtrise de soi. Mais les travaux ultérieurs invitent à ne pas transformer une hypothèse en vérité scientifique.

La véritable question n’est peut-être pas de savoir si la religion rend l’être humain meilleur, mais de comprendre pourquoi l’être humain éprouve depuis des millénaires le besoin de croire, de transmettre des valeurs et de donner un sens à son existence.

Et cette question reste toujours ouverte.

David SCHMIDT

Journaliste/Reporter

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