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La France au bord du craquage
Il paraît que tout va bien officiellement, parce que dans la vraie vie, quelque chose commence sérieusement à sentir le roussi.
Depuis plusieurs semaines, la France assiste à une mobilisation lycéenne qui prend de l’ampleur. Des établissements bloqués, des manifestations, des affrontements, des dégradations, des arrestations et au milieu de tout cela, des jeunes qui réclament quelque chose d’assez extraordinaire dans la France de 2026, pouvoir étudier correctement et dans de meilleurs conditions.
Ils demandent des enseignants, demandent des classes moins chargées, demandent des bâtiments dignes de ce nom, demandent des conditions d’apprentissage normales, presque le luxe absolu de nos jours dans le pays, une école qui fonctionne mieux. Et sur ce point, inutile de leur jeter la pierre. Quand une classe ressemble davantage à un wagon de métro avec plus de trente élèves par classe et demander ensuite au professeur de faire du sur-mesure pédagogique, relève parfois du numéro de cirque.
Un enseignant doit transmettre, expliquer, corriger, accompagner les élèves en difficulté, répondre aux questions, gérer les perturbations, parfois remplacer un collègue absent et tout cela devant une classe bondée. Et après, lorsque les résultats scolaires baissent, on s’étonne. On découvre soudain que les élèves ne comprennent plus les mathématiques. Que certains ont des difficultés à lire, que le niveau général recule et là miracle de la communication politique, on organise une conférence de presse pour expliquer qu’il faut réformer l’école .
Cela fait des années qu’on réforme l’école ? On change les programmes, les examens, on change les méthodes et puis on change les ministres. Mais il reste une chose que personne n’arrive à changer c’est le problème. L’école est le premier service public ou salle d’attente nationale ?
L’Éducation nationale reste l’une des institutions fondamentales de la République.
C’est là que l’on apprend à lire, écrire, compter, réfléchir, argumenter et accessoirement, comprendre pourquoi l’État impose autant de taxes. Si l’école s’effondre, c’est toute la société qui finit par payer l’addition. Et les chiffres de PISA ne sont pas franchement rassurants. La France se situe sous la moyenne de l’OCDE dans plusieurs domaines et les écarts entre élèves restent préoccupants. En mathématiques, 71 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE. Cela signifie donc qu’environ trois élèves sur dix restent sous ce niveau de compétence de base. Alors oui on peut continuer à faire semblant, on peut expliquer que tout va bien. On peut sortir un nouveau plan, on peut créer une commission. Puis une sous-commission, une mission parlementaire, et pourquoi pas tant qu’on y est, une commission chargée d’étudier la pertinence de la commission précédente.
Pendant ce temps dans les salles de classe, le professeur est toujours absent.
L’État trouve de l’argent, mais jamais au bon moment et c’est là que le débat devient explosif. La France consacre des sommes considérables à sa défense et soutient l’Ukraine depuis le début de la guerre. En 2026, le budget des Armées a encore fortement progressé avec une hausse annoncée de 6,7 milliards d’euros par rapport à 2025.
Faut-il arrêter d’aider l’Ukraine ? La question mérite évidemment un débat sérieux.
Mais le citoyen français est parfaitement en droit de poser une autre question :
– Combien sommes-nous prêts à mettre pour défendre l’Europe, et combien sommes-nous prêts à mettre pour construire l’avenir de nos propres enfants ?
Car pendant que les budgets militaires augmentent, la France continue de courir derrière sa dette, et quelle dette ? 3 460,5 milliards d’euros à la fin de 2025, oui, vous avez bien lu, 3 460 500 000 000 euros. À ce niveau-là, même la calculatrice demande un arrêt maladie et pendant ce temps, on explique aux Français qu’il va falloir faire des économies. Alors on cherche.
On regarde les fonctionnaires, on regarde les retraites, on regarde les aides, on regarde les dépenses sociales, on regarde partout. Sauf peut-être dans le miroir. Et puis arrivent les casseurs mais il faut cependant distinguer deux France qui manifestent. La première descend dans la rue parce qu’elle en a ras-le-bol. La seconde descend dans la rue parce qu’elle veut casser. Et les deux ne doivent surtout pas être confondues. Un lycéen qui manifeste pacifiquement pour réclamer davantage de professeurs n’est pas un casseur. Un jeune qui bloque son établissement avec ses camarades n’est pas automatiquement un délinquant. Mais celui qui brûle un lycée, attaque un policier, lance un projectile sur un pompier ou transforme une manifestation en champ de bataille doit répondre de ses actes. Point.
La mobilisation actuelle a effectivement été accompagnée de violences et de dégradations dans plusieurs villes. Dans le même temps, les autorités ont signalé des blessés parmi les forces de l’ordre et les personnels éducatifs. Et là il faut avoir une pensée pour les pompiers. Le pompier arrive pour éteindre un incendie, son métier consiste à sauver des vies, il ne vient pas faire de politique, il ne vient pas défendre Macron, ni Mélenchon, ni Le Pen, il vient éteindre le feu.
Alors lorsqu’un individu lui balance un projectile pendant qu’il tente d’empêcher une poubelle de devenir un brasier, il n’y a plus de revendication sociale. Il y a simplement de la connerie.
La banlieue n’est pas le problème, l’abandon l’est.
Il serait également trop facile de mettre tous les débordements sur le dos des jeunes de banlieue, la réalité est plus complexe. Dans certains quartiers populaires, la colère sociale est ancienne. Elle se nourrit du sentiment d’abandon, du chômage, des difficultés scolaires, du manque de perspectives et parfois d’une relation extrêmement dégradée avec les institutions. Mais transformer cette colère en incendies et en violences ne résoudra rien, au contraire.
Cela donne au gouvernement l’occasion rêvée de déplacer le débat, on ne parle plus des professeurs absents, on parle des voitures brûlées, on ne parle plus des classes surchargées, on parle des arrestations mais plus de l’avenir de la jeunesse. On parle de maintien de l’ordre.
Et pendant que tout le monde se hurle dessus, le problème de départ reste assis au fond de la classe. Au milieu de ce cirque politique, Gabriel Attal arrive dans le grand théâtre télévisuel. Ancien Premier ministre, ancien ministre de l’Éducation nationale et désormais candidat à la présidentielle. Il fallait bien qu’il finisse par se retrouver face à ceux qui lui demandent des comptes. Et c’est justement ce qui s’est produit sur LCI. Face à lui, Louise Montangon, responsable de l’UNI à Bordeaux, ne s’est pas exactement contentée de distribuer des compliments.
Sa phrase : » Votre bilan est désastreux. Je suis désolée de vous le dire, je suis honnête » et le plateau télé venait soudain de perdre quelques degrés de température.
Et il faut reconnaître une chose, dans une époque où les politiques sont souvent entourés de communicants capables de transformer une catastrophe en moment de pédagogie républicaine, entendre quelqu’un dire franchement à un ancien responsable gouvernemental que son bilan est mauvais a au moins le mérite de réveiller le téléspectateur. La séquence a largement circulé.
La gauche, la droite, le centre et toujours la même addition, depuis des décennies, les gouvernements se succèdent. La gauche réforme, la droite réforme, le centre réforme. Et finalement tout le monde réforme tellement que le citoyen finit par avoir l’impression que la France est devenue un gigantesque chantier dont personne ne possède les plans. Les responsabilités sont évidemment multiples, on ne peut pas attribuer vingt, trente ou quarante années de difficultés à un seul président.
Mais Emmanuel Macron porte une responsabilité politique majeure dans l’état actuel du pays puisqu’il dirige la France depuis 2017.
Et les chiffres de la dette sont là :
– 2 281 milliards d’euros environ en 2017.
– 3 460,5 milliards fin 2025.
Soit plus de 1 100 milliards supplémentaires depuis le début du premier quinquennat Macron. Ce chiffre ne signifie évidemment pas que chaque euro de cette augmentation serait personnellement imputable au président. La dette dépend des déficits successifs, des crises, de la conjoncture, des dépenses sociales, des choix fiscaux et budgétaires des différents gouvernements.
Mais politiquement, impossible de faire comme si rien ne s’était passé. La République a dépensé, la République s’est endettée. Et maintenant la République explique aux citoyens qu’il va falloir se serrer la ceinture. La classe moyenne toujours volontaire pour payer l’addition et qui finit généralement au milieu ? Ben la classe populaire. Trop riche pour bénéficier pleinement de certaines aides, pas assez riche pour s’en foutre. Elle travaille, elle paie, elle regarde son salaire, ses factures, ses impôts, puis elle regarde les politiques expliquer qu’il faut encore faire un effort.
Le fameux « effort ».
Cette expression magique qui signifie généralement que vous allez encore payer, mais cette fois-ci avec le sourire, SVP.
Pendant ce temps, l’État tente de réduire ses dépenses avec notamment le maintien du gel du point d’indice des fonctionnaires en 2026. Les débats sur les retraites, les dépenses sociales et la contribution des entreprises continuent de nourrir une colère qui ne demande qu’à repartir.
Le véritable danger n’est peut-être pas dans la rue. Alors allons-nous vers une guerre civile ?
Je ne crois pas que nous en soyons là. Mais il serait irresponsable de nier la montée des tensions. Une société devient dangereuse lorsque plusieurs groupes commencent à ne plus croire aux mêmes institutions, ne croient plus à l’école lorsque les enseignants ne croient plus à leur ministère. Les policiers ne se sentent plus respectés, les pompiers sont attaqués pendant leurs interventions, les classes populaires ont le sentiment d’être abandonnées, les classes moyennes ont le sentiment d’être ponctionnées, les retraités ont peur de perdre leur niveau de vie, les entreprises craignent l’instabilité.
Et lorsque les politiques passent davantage de temps à se préparer pour la prochaine élection qu’à régler les problèmes de la précédente, là le cocktail devient explosif. Et maintenant, on fait quoi ? La réponse ne peut pas être simplement d’envoyer les CRS, pas plus qu’elle ne peut être de tout brûler. Les premiers ne régleront pas le problème de l’école, les seconds ne feront qu’aggraver celui de la société. La solution commence peut-être par quelque chose de terriblement ringard, écouter.
Écouter les lycéens, les professeurs, les parents, les policiers, écouter les pompiers, écouter ceux qui vivent dans les quartiers populaires, écouter ceux qui travaillent douze heures par jour, écouter ceux qui ne peuvent plus se loger et surtout écouter avant que la colère ne devienne haine. Car une jeunesse qui manifeste pacifiquement pour réclamer des professeurs n’est pas la fin de la République, c’est peut-être justement la République qui fonctionne encore. En revanche, une jeunesse qui ne croit plus en l’école, plus en la politique, plus en ses institutions et plus en son avenir, là nous avons un problème.
Un énorme problème, pendant que les politiques s’écharpent sur les plateaux télé, que les uns accusent les autres et que chacun prépare déjà 2027 et une génération entière regarde le spectacle. Elle regarde, écoute, elle juge et surtout elle se demande une chose :
– Qu’est-ce que vous allez nous laisser ?
Une dette de 3 460 milliards ? Une école qui peine à recruter ? Des classes surchargées ? Des services publics sous tension ? Une société fracturée ?
– Ou une République capable de se ressaisir avant que la colère ne devienne incontrôlable ?
Parce qu’il ne faudrait pas que la France découvre trop tard que le plus gros casseur du pays n’est peut-être pas celui qui retourne une poubelle dans la rue, mais celui qui casse méthodiquement la confiance de plusieurs générations dans son propre avenir.
2027, qui va payer la facture du désastre ?
Maintenant, parlons de demain. Car derrière les discours, les promesses électorales et les sourires de campagne se cache une question que chaque Français devrait se poser :
– Qui va payer la facture lorsque le prochain président/présidente prendra les clés de l’Élysée ?
Car il ne faut pas se raconter d’histoires, celui ou celle qui succédera à Emmanuel Macron héritera d’une situation financière particulièrement lourde, d’une dette abyssale et de services publics sous tension. Il ou elle devra gouverner avec les conséquences des décisions prises par ses prédécesseurs. Et il serait naïf de croire que cette ardoise disparaîtra par magie au lendemain de l’élection.
Donc, la vraie question est donc simple :
– Comment redresser la France sans transformer les Français en distributeurs automatiques chargés de rembourser les erreurs de leurs dirigeants ?
Parce qu’à la fin ce sont toujours les mêmes qui risquent de passer à la caisse. Les salariés, les retraités, les indépendants, les classes moyennes et les familles qui comptent déjà chaque euro avant de remplir leur caddie. Pendant que les gouvernements se succèdent, les factures ne changent pas de destinataire. Voilà pourquoi il devient indispensable d’écouter sérieusement tous les candidats à la prochaine présidentielle. Pas seulement leurs slogans, leurs petites phrases assassines ou leurs promesses de lendemains qui chantent. Nous voulons du concret !
Quel est leur plan pour réduire la dette ?
Comment comptent-ils relancer l’économie, préserver les services publics et financer l’école ? Quelles dépenses vont-ils réduire ? Quelle fiscalité envisagent-ils ? Qui devra consentir des efforts ? Et surtout, comment éviter que la facture soit une nouvelle fois présentée aux Français qui n’ont ni les moyens de s’exiler fiscalement, ni les relations nécessaires pour échapper aux conséquences des décisions politiques ?
Les candidats doivent sortir du brouillard des promesses et présenter leurs comptes. Un programme présidentiel ne devrait pas être un catalogue de cadeaux financés par de l’argent que nous n’avons pas. Il devrait être un véritable plan d’action, chiffré, expliqué et assumé. Les électeurs ont eux aussi une responsabilité, celle d’écouter, comparer, vérifier et refuser de voter uniquement par habitude, par colère ou par fidélité à une étiquette politique. Ce n’est pas parce qu’un candidat promet de sauver la France qu’il possède nécessairement les compétences pour le faire.
Il serait peut-être temps d’arrêter de reprendre les mêmes recettes en espérant obtenir un résultat différent. À force de confier les clés de la maison à ceux qui promettent de réparer le toit sans jamais présenter le devis, nous risquons de finir avec une maison dont les fondations sont fissurées et les créanciers sur le pas de la porte. La France n’est pas encore en faillite, mais elle ne peut pas continuer à repousser indéfiniment la question de ses finances. Le prochain président ou la prochaine présidente devra faire des choix difficiles. La différence entre un dirigeant responsable et un marchand de rêves se mesurera précisément à sa capacité à les expliquer avant l’élection et non à les imposer aux Français une fois installé à l’Élysée.
En 2027, nous n’aurons pas seulement à choisir un visage, un parti ou un discours. Nous devrons choisir une direction pour le pays. Alors futurs candidats à vous de jouer, moins de promesses en papier glacé, plus de chiffres, plus de transparence et un véritable plan pour redresser la France. Au bout du compte ce ne sont pas les responsables politiques qui devront vivre avec toutes les conséquences de leurs choix, ils se sont même peut-être déjà mis à l’abri. Ce sont les Français, donc cette fois, il serait bon de savoir à quoi nous nous engageons avant de signer le chèque.
David SCHMIDT
Écrit par: David SCHMIDT
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