Une chronologie documentée de 1946 à 2026.
De 1948 à la guerre de Gaza, l’histoire du conflit israélo-palestinien est marquée par des épisodes de massacres, de déplacements forcés et de violences contre les populations civiles. Derrière les chiffres, il y a des familles détruites, des villages effacés et des générations qui grandissent dans la mémoire de ces tragédies. Retour sur plusieurs événements qui ont profondément marqué l’histoire du Proche-Orient.
Il serait agréable de penser que, comme l’a dit un officier israélien, « cette fois-ci, nous sommes allés trop loin » que l’assassinat de 17 manifestants non armés à Gaza par des tireurs israéliens, vendredi, à travers une clôture de sécurité, pousserait le monde à sanctionner Israël pour sa conduite. Mais si vous regardez l’histoire d’Israël, vous constatez que le massacre a été un outil prêt dans la poitrine de guerre israélienne, et les Israéliens n’ont pas été poursuivis pour les avoir commis. En effet, quelques responsables sont devenus premiers ministres par la suite !

Il serait confortable de considérer que les massacres de civils appartiennent au passé, que les tragédies successives auraient fini par imposer des limites aux gouvernements et aux forces armées. Pourtant, l’histoire du Proche-Orient raconte une tout autre réalité.
Depuis la création de l’État d’Israël en 1948, le conflit israélo-palestinien a été ponctué d’épisodes particulièrement meurtriers. Des villages palestiniens attaqués en 1948 aux opérations militaires successives dans la bande de Gaza, des milliers de civils ont perdu la vie.
Ces événements ne sont pas tous identiques. Certains ont été commis par des milices avant la création d’Israël, d’autres par l’armée israélienne, et certains par des milices alliées opérant dans des territoires sous contrôle israélien. Les responsabilités doivent être établies avec précision.
Mais une réalité demeure : les populations civiles ont payé un prix humain considérable.
Voici une chronologie de plusieurs événements qui méritent de rester dans la mémoire collective.
1946-1948 : avant même la naissance d’Israël, les premières tragédies
1946 – L’attentat de l’hôtel King David
Le 22 juillet 1946, des membres de l’organisation armée sioniste Irgoun font exploser une partie de l’hôtel King David à Jérusalem, où se trouvent notamment des bureaux de l’administration britannique en Palestine.
Le bilan est de 91 morts, parmi lesquels des Britanniques, des Arabes et des Juifs.
L’attentat visait les installations administratives britanniques dans le contexte de la lutte contre le mandat britannique. Il constitue l’un des épisodes les plus meurtriers de cette période.
1948 – Deir Yassin : un village devenu symbole de la Nakba
Le 9 avril 1948, les organisations armées Irgoun et Lehi attaquent le village palestinien de Deir Yassin, près de Jérusalem.
Environ 100 à 110 habitants sont tués selon les estimations historiques les plus fréquemment retenues. Des civils, notamment des femmes et des enfants, figurent parmi les victimes.
L’événement provoque une profonde onde de choc parmi la population palestinienne. Les récits des violences contribuent à alimenter la peur et les départs de nombreux habitants d’autres villages.
Deir Yassin devient l’un des symboles de la Nakba, terme arabe désignant la catastrophe vécue par les Palestiniens lors de la guerre de 1948 et de leur déplacement massif.
Aucun des principaux responsables de cette attaque n’a été condamné pour ce massacre. Menachem Begin, dirigeant de l’Irgoun à cette époque, deviendra Premier ministre israélien en 1977.
1948 – Lydda : les violences de la guerre et l’exode palestinien
En juillet 1948, lors de l’opération militaire israélienne Dani, les villes palestiniennes de Lydda (aujourd’hui Lod) et Ramla sont prises par les forces israéliennes.
Des centaines de Palestiniens sont contraints de quitter leurs habitations et de prendre la route de l’exil.
Des civils sont tués pendant les combats et lors des opérations de contrôle de la ville. Les événements de Lydda sont aujourd’hui largement étudiés par les historiens dans le contexte de l’expulsion et du déplacement des Palestiniens en 1948.
1948 – Al-Dawayima : un massacre longtemps resté dans l’ombre
En octobre 1948, des soldats israéliens prennent le contrôle du village palestinien d’Al-Dawayima, à l’ouest d’Hébron.
Des témoignages font état de nombreux civils tués, notamment des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Le nombre exact de victimes demeure controversé. Les récits de survivants et les documents historiques décrivent cependant des violences particulièrement graves.
Pendant des décennies, cet épisode est resté relativement absent des récits historiques les plus diffusés.
1953-1956 : les civils continuent de payer le prix des représailles
1953 – Qibya : une opération de représailles meurtrière
Dans la nuit du 14 au 15 octobre 1953, une unité israélienne commandée par Ariel Sharon attaque le village jordanien de Qibya, en Cisjordanie, alors sous administration jordanienne.
L’opération intervient après une attaque transfrontalière qui avait coûté la vie à trois Israéliens.
Les soldats détruisent des dizaines de maisons. Le premier bilan communiqué aux Nations unies fait état de 42 civils morts, principalement des femmes et des enfants. Les estimations ultérieures évoquent environ 69 victimes.
L’opération suscite une condamnation internationale. Ariel Sharon poursuivra néanmoins sa carrière militaire et politique avant de devenir Premier ministre israélien en 2001.
1956 – Kafr Qasim : des habitants tués pour avoir ignoré un couvre-feu dont ils n’avaient pas connaissance
Le 29 octobre 1956, alors que débute la crise de Suez, les forces israéliennes imposent un couvre-feu à plusieurs villages arabes d’Israël.
À Kafr Qasim, des habitants qui rentrent de leur journée de travail ne sont pas informés de cette nouvelle restriction.
Des soldats israéliens ouvrent le feu sur les personnes qui reviennent au village.
Quarante-neuf personnes sont généralement recensées parmi les victimes, dont des femmes et des enfants.
Ce massacre choque profondément la société israélienne. Plusieurs militaires sont jugés et condamnés. L’affaire devient également importante dans l’histoire du droit israélien concernant les ordres manifestement illégaux.
1956 – Khan Younès et Rafah : les massacres oubliés de la crise de Suez
En novembre 1956, pendant l’occupation israélienne de la bande de Gaza, deux épisodes particulièrement meurtriers se produisent à Khan Younès et dans le camp de réfugiés de Rafah.
Un rapport contemporain de l’UNRWA fait état de listes comportant 275 noms de personnes signalées comme tuées à Khan Younès le 3 novembre.
Pour Rafah, le rapport mentionne 111 personnes.
Les circonstances exactes de toutes les morts restent discutées. Les témoignages palestiniens évoquent notamment des civils désarmés exécutés lors d’opérations de contrôle et de fouilles. Les autorités israéliennes ont, de leur côté, invoqué la présence de résistants armés.
Ces événements constituent l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire des réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza.
1967-1982 : les guerres régionales et les massacres au Liban
1967 – La guerre des Six Jours et les prisonniers égyptiens
En juin 1967, Israël affronte l’Égypte, la Jordanie et la Syrie lors de la guerre des Six Jours.
Des accusations de mise à mort de prisonniers de guerre égyptiens, notamment dans le Sinaï, seront formulées après le conflit.
Les circonstances et le nombre exact de victimes restent débattus par les historiens. Il est donc important de distinguer les faits documentés des estimations et des accusations qui n’ont pas toutes fait l’objet d’une enquête indépendante concluante.
1970 – Le bombardement de l’école de Bahr el-Baqar en Égypte
Le 8 avril 1970, pendant la guerre d’usure entre l’Égypte et Israël, une école primaire du village égyptien de Bahr el-Baqar est frappée par une attaque aérienne attribuée à l’aviation israélienne.
Les autorités égyptiennes annoncent la mort de dizaines d’enfants, avec un bilan de 46 enfants tués.
Cette attaque provoque une vive indignation en Égypte et dans le monde arabe.
1982 – Sabra et Chatila : un massacre commis par des milices sous le regard de l’armée israélienne
En septembre 1982, pendant l’invasion israélienne du Liban, les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, à Beyrouth, deviennent le théâtre d’un massacre.
Les meurtres sont commis par des miliciens phalangistes libanais, alliés d’Israël, qui pénètrent dans les camps alors que l’armée israélienne contrôle les accès et les environs.
Des centaines de Palestiniens et de Libanais sont assassinés. Les estimations du bilan varient fortement, allant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de victimes.
Une commission d’enquête israélienne, la commission Kahan, conclut en 1983 à une responsabilité indirecte d’Israël et considère qu’Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, porte une responsabilité personnelle pour ne pas avoir anticipé et empêché le massacre.
Sharon démissionne de son poste de ministre de la Défense, mais poursuit ensuite sa carrière politique et devient Premier ministre en 2001.
1996-2006 : Cana, deux tragédies au Liban
1996 – Le premier massacre de Cana
Le 18 avril 1996, pendant l’opération israélienne « Raisins de la colère » au Liban, des tirs d’artillerie israéliens frappent un complexe de l’ONU situé à Cana.
Plus de 800 civils libanais s’y étaient réfugiés pour échapper aux combats.
Environ 100 personnes sont tuées.
Une enquête menée pour les Nations unies conclut que la configuration des impacts rend peu probable l’hypothèse d’une simple erreur technique ou procédurale.
Cet événement provoque une indignation internationale.
2006 – Le deuxième massacre de Cana
Dix ans plus tard, pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah, Cana est de nouveau frappée.
Le 30 juillet 2006, une frappe aérienne israélienne détruit un bâtiment dans lequel plusieurs familles civiles avaient trouvé refuge.
Selon Human Rights Watch, 27 personnes sont confirmées mortes dans ce bâtiment, dont 16 enfants. D’autres bilans contemporains font état de 28 ou 29 victimes.
Cette tragédie relance les interrogations sur la protection des civils dans les zones densément peuplées et sur le respect du droit international humanitaire.
2008-2014 : Gaza, une succession d’opérations militaires meurtrières
2008-2009 – Opération Plomb durci
Le 27 décembre 2008, Israël lance une vaste offensive militaire contre la bande de Gaza, baptisée « Plomb durci ».
L’opération intervient après plusieurs mois d’affrontements et de tirs de roquettes de groupes armés palestiniens.
En 22 jours, entre 1 387 et 1 417 Palestiniens sont tués selon les estimations d’organisations non gouvernementales citées dans le rapport de la mission d’enquête de l’ONU. Les autorités israéliennes avancent un bilan inférieur.
De nombreux civils figurent parmi les victimes. Des habitations, des écoles et des infrastructures civiles sont détruites.
Le rapport Goldstone, publié en 2009, relève de graves violations présumées du droit international humanitaire et demande des enquêtes sur les faits. Il examine également les tirs de roquettes des groupes armés palestiniens contre les populations civiles israéliennes.
2012 – Opération Pilier de défense
En novembre 2012, Israël lance une nouvelle opération militaire contre la bande de Gaza.
Pendant huit jours, les frappes aériennes israéliennes font de nombreuses victimes palestiniennes. Les bilans de l’époque font état d’environ 160 à 170 morts palestiniens, selon les sources et les méthodes de comptabilisation.
Des civils figurent parmi les victimes.
Les groupes armés palestiniens tirent également des centaines de roquettes vers Israël, exposant la population israélienne à de graves dangers.
2014 – Opération Bordure protectrice
À l’été 2014, Israël lance une offensive militaire de 51 jours dans la bande de Gaza.
Le bilan palestinien dépasse les 2 200 morts selon les chiffres des Nations unies. Plus de 1 400 victimes sont identifiées comme des civils dans les travaux de documentation de l’ONU.
Des familles entières sont tuées lors de frappes sur des habitations. Des enfants meurent également dans des lieux où ils pensaient être à l’abri.
Les tirs de roquettes des groupes armés palestiniens vers Israël se poursuivent parallèlement.
Une nouvelle fois, les enquêtes internationales soulèvent des questions concernant les frappes israéliennes, les précautions prises pour protéger les civils et les attaques indiscriminées menées par des groupes armés palestiniens.
2018 – La Grande Marche du retour : des manifestants abattus à Gaza
Le 30 mars 2018, des milliers de Palestiniens commencent à manifester près de la barrière séparant la bande de Gaza d’Israël.
Le mouvement, baptisé « Grande Marche du retour », réclame notamment le droit au retour des réfugiés palestiniens et la fin du blocus de Gaza.
Dès les premières manifestations, des Palestiniens sont tués par les tirs des forces israéliennes.
Au fil des mois, les violences se poursuivent.
Dans son enquête publiée en février 2019, la Commission indépendante des Nations unies documente 189 morts palestiniens pendant les manifestations jusqu’au 31 décembre 2018. Elle estime que 183 de ces personnes ont été tuées par des tirs réels des forces israéliennes.
Parmi les victimes figurent des enfants, des journalistes et des personnels médicaux clairement identifiés.
La Commission estime qu’il existe des motifs raisonnables de penser que certaines violations du droit international humanitaire et des droits humains commises par les forces israéliennes pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.
2023-2026 : le Proche-Orient entre dans une nouvelle tragédie
7 octobre 2023 – Les attaques du Hamas contre Israël
Le 7 octobre 2023, le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens lancent une attaque coordonnée contre le sud d’Israël.
Des civils sont massacrés dans leurs habitations et lors d’un festival de musique. Des centaines de personnes sont prises en otage et emmenées dans la bande de Gaza.
Plus de 1 200 personnes sont tuées selon les bilans repris par les instances internationales.
La Commission d’enquête des Nations unies conclut que les groupes armés palestiniens ont commis des crimes de guerre, notamment des attaques intentionnelles contre des civils, des meurtres et des prises d’otages.
Ces crimes ne peuvent être justifiés par l’occupation, le blocus ou les souffrances du peuple palestinien.
Les victimes israéliennes, comme les victimes palestiniennes, ont droit à la justice.
2023-2026 – La guerre à Gaza et ses conséquences humaines
Après les attaques du 7 octobre, Israël déclenche une vaste campagne militaire dans la bande de Gaza, avec des bombardements, une offensive terrestre et un siège qui affecte gravement l’approvisionnement de la population.
Des quartiers entiers sont détruits. Des hôpitaux, des écoles, des infrastructures et des habitations sont touchés. Des millions de personnes sont confrontées aux déplacements, aux pénuries et à des conditions humanitaires extrêmes.
En juin 2024, la Commission d’enquête indépendante de l’ONU conclut que les autorités israéliennes sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans le cadre de leurs opérations à Gaza.
En octobre 2025, un avis consultatif de la Cour internationale de Justice revient sur les conséquences de la guerre, les restrictions à l’aide humanitaire et les obligations d’Israël envers la population palestinienne.
Le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU publié le 14 octobre 2026 souligne que les violences ont continué après le cessez-le-feu d’octobre 2025. Il fait état de plus de 75 000 Palestiniens tués depuis le 7 octobre 2023 dans le territoire palestinien occupé, dont au moins 21 500 enfants, selon les données qu’il reprend.
Le conflit continue ainsi de laisser derrière lui des victimes, des familles endeuillées et une population civile profondément meurtrie.
Une histoire qui pose toujours la question de l’impunité
Cette chronologie ne prétend pas recenser toutes les victimes ni tous les massacres du conflit israélo-palestinien. Elle ne constitue pas non plus un bilan exhaustif des crimes commis par les différentes parties.
Elle rappelle cependant une question fondamentale : pourquoi les enquêtes, les condamnations internationales et les appels au respect du droit humanitaire ne parviennent-ils pas à empêcher la répétition de telles tragédies ?
Le droit international humanitaire impose des obligations à toutes les parties à un conflit. Les civils ne doivent pas être pris pour cible. Les attaques indiscriminées sont interdites. Les prisonniers doivent être protégés. Les otages doivent être libérés.
Aucun gouvernement, aucune armée et aucune organisation armée ne devrait pouvoir s’affranchir de ces principes.
Il faut également rappeler que critiquer les décisions du gouvernement israélien ou les actes de son armée n’est pas condamner le peuple israélien, encore moins les Juifs dans leur ensemble. De la même manière, dénoncer les crimes du Hamas ne signifie pas condamner l’ensemble du peuple palestinien.
La mémoire des victimes ne devrait jamais devenir un instrument de propagande.
Derrière chaque chiffre, il y a un visage. Derrière chaque nom, une vie qui ne reviendra pas. Et derrière chaque massacre oublié, une injustice qui attend encore d’être reconnue.
L’histoire ne doit pas être écrite uniquement par ceux qui détiennent le pouvoir. Elle doit aussi conserver la mémoire de ceux qui n’ont jamais eu la possibilité de raconter leur propre histoire.




