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Athanor : Réseau de francs-maçons criminel

Investigations sur l’officine criminelle mêlant francs-maçons et gros bras de la DGSE

Affaire Athanor : quand une loge maçonnique devient le cœur d’une officine criminelle

Assassinats, tentatives de meurtre, agents des services de renseignement, hommes de main et règlements de comptes privés… L’affaire Athanor a révélé l’existence d’un réseau criminel particulièrement inquiétant, organisé autour de membres d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine. Après plusieurs années d’enquête et un procès hors norme, la justice a rendu son verdict en juillet 2026.

Il y a des affaires judiciaires qui semblent tout droit sorties d’un scénario de fiction. L’affaire Athanor en fait incontestablement partie.

Pendant plusieurs années, des hommes issus de milieux très différents auraient participé à une organisation criminelle mêlant chefs d’entreprise, anciens policiers, militaires et membres d’une loge maçonnique. Leur spécialité : les surveillances, les intimidations, les agressions physiques et, dans les cas les plus graves, les projets d’assassinat.

Derrière cette organisation se trouvait une ancienne loge maçonnique baptisée Athanor, située à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine.

Mais attention : il ne s’agit pas ici de mettre en cause l’ensemble de la franc-maçonnerie. C’est bien le fonctionnement d’un groupe de personnes, qui auraient détourné leurs relations et leur appartenance commune à des fins criminelles, qui a été examiné par la justice.

Une affaire révélée par une arrestation en 2020

Tout commence véritablement à l’été 2020, lorsque des hommes sont interpellés dans la région parisienne alors qu’ils surveillent une femme, Marie-Hélène Dini, cheffe d’entreprise spécialisée dans le coaching.

Les enquêteurs découvrent progressivement que les personnes arrêtées ne sont pas engagées dans une opération officielle des services de l’État, contrairement à ce que certains exécutants auraient pu croire.

L’enquête met au jour un système dans lequel des missions de surveillance et d’intimidation auraient été commanditées par des intérêts privés. Certaines auraient franchi un seuil autrement plus grave : celui de la tentative d’assassinat.

Les investigations remontent jusqu’à plusieurs membres de la loge Athanor. Les enquêteurs soupçonnent alors la constitution d’une véritable officine criminelle, fonctionnant comme une entreprise clandestine, avec des donneurs d’ordre, des intermédiaires et des exécutants.

Des anciens des services de renseignement au cœur du dossier

Deux hommes apparaissent comme des figures centrales de cette organisation :

  • Daniel Beaulieu, ancien policier du renseignement intérieur, présenté au procès comme l’un des principaux organisateurs opérationnels.
  • Frédéric Vaglio, ancien journaliste reconverti dans la communication et l’intelligence économique, accusé d’avoir notamment recherché des clients et organisé certaines missions criminelles.

Un troisième homme, Sébastien Leroy, est présenté comme un exécutant majeur de plusieurs opérations violentes.

L’un des aspects les plus troublants du dossier concerne la manière dont certains hommes auraient été recrutés ou manipulés. Des missions privées leur auraient été présentées comme des opérations menées pour les intérêts de l’État, voire pour les services secrets français.

Cette confusion entretenue entre intérêts privés et prétendue raison d’État constitue l’un des éléments les plus inquiétants de l’affaire.

Car lorsqu’un individu utilise le prestige des services de renseignement pour faire exécuter des actes criminels, il ne s’agit plus simplement d’un règlement de comptes : c’est aussi une atteinte grave à la confiance que les citoyens peuvent accorder aux institutions.

Un pilote automobile assassiné et plusieurs opérations violentes

Au fil des investigations, les policiers découvrent plusieurs opérations attribuées à cette officine.

Parmi les victimes figure Laurent Pasquali, pilote automobile retrouvé mort après avoir disparu en 2018. Son corps avait été découvert en 2019, enterré dans une forêt en Haute-Loire.

L’enquête établit également l’existence de projets visant notamment une cheffe d’entreprise et un syndicaliste.

D’autres faits sont examinés : passages à tabac, surveillances, intimidations, incendies volontaires et opérations de violence commanditées.

Les enquêteurs recensent ainsi une série de missions criminelles qui auraient été organisées entre 2016 et 2020.

Derrière ces opérations, le dossier révèle un mécanisme particulièrement préoccupant : des conflits personnels, professionnels ou financiers auraient pu se transformer en véritables contrats de violence.

Le procès Athanor : 22 accusés devant la cour d’assises

Après plusieurs années d’investigations, l’affaire arrive devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.

Le procès s’ouvre le 30 mars 2026 et s’achève le 17 juillet, après trois mois et demi d’audiences.

Au total, 22 personnes sont jugées pour leur implication présumée, à différents degrés, dans les activités criminelles de cette officine. Les débats permettent de revenir sur les méthodes de recrutement, les liens entre les protagonistes, les missions confiées aux exécutants et les intérêts privés qui auraient motivé certaines opérations.

Des témoignages, des confrontations et des éléments matériels sont examinés pendant plusieurs centaines d’heures d’audience.

Le procès met également en évidence les contradictions entre les versions des accusés. Certains reconnaissent une partie des faits, d’autres contestent leur implication ou cherchent à minimiser leur rôle.

Le verdict du 17 juillet 2026 : de lourdes condamnations

 

Après plus de trois mois de débats, la cour d’assises spécialement composée de Paris rend son verdict le 17 juillet 2026.

Sur les 22 accusés, 17 sont condamnés et cinq sont acquittés.

Les principales peines prononcées sont particulièrement lourdes :

  • Daniel Beaulieu : 30 ans de réclusion criminelle.
  • Sébastien Leroy : 27 ans de réclusion criminelle.
  • Frédéric Vaglio : 25 ans de réclusion criminelle.

D’autres accusés écopent de peines moins importantes, allant de six mois avec sursis à plusieurs années d’emprisonnement.

Parmi les personnes condamnées figure également Muriel Millet, reconnue coupable d’avoir commandité l’assassinat d’un syndicaliste dans l’Ain. Elle est condamnée à sept ans de prison.

Mais le verdict comporte aussi cinq acquittements.

C’est notamment le cas de Dylan Bilheude, désigné par l’accusation comme l’auteur du tir mortel contre Laurent Pasquali. Le couple Alain et Nancy Maarek, soupçonné d’avoir commandité le meurtre du pilote, est également acquitté. La cour a estimé que les éléments ne permettaient pas de retenir qu’ils avaient donné l’ordre de tuer.

Ces acquittements rappellent une règle fondamentale : même dans une affaire aussi tentaculaire, chaque responsabilité doit être démontrée individuellement.

Le verdict ne lève donc pas toutes les interrogations, notamment sur les circonstances exactes de l’assassinat de Laurent Pasquali.

La franc-maçonnerie au cœur des interrogations

L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire reste le rôle joué par l’appartenance à la loge Athanor.

Les principaux protagonistes étaient liés par leur appartenance maçonnique. Selon les éléments présentés au procès, ces relations auraient contribué à faciliter les contacts, à établir la confiance et à organiser certaines opérations.

La franc-maçonnerie n’est pas, en tant que telle, une organisation criminelle. Il serait donc abusif de généraliser les agissements de certains membres à l’ensemble de ses obédiences et de ses adhérents.

Mais cette affaire pose une question légitime : jusqu’où des relations personnelles, professionnelles ou fraternelles peuvent-elles être détournées pour servir des intérêts criminels ?

Lorsqu’un réseau utilise des liens de confiance et des relations d’influence pour organiser des actes de violence, il devient indispensable de comprendre comment ce système a pu fonctionner pendant plusieurs années.

Quand les intérêts privés se cachent derrière la raison d’État

Ce dossier dépasse largement le cadre d’une simple affaire de règlements de comptes.

Il interroge sur les frontières entre les services de renseignement, les activités privées de sécurité, les réseaux d’influence et les intérêts économiques.

Il montre également combien il peut être dangereux d’instrumentaliser le nom de l’État ou des services secrets pour manipuler des exécutants et justifier des actes illégaux.

L’affaire Athanor ne démontre pas que les services de renseignement français auraient organisé ces crimes. Elle révèle en revanche que des personnes ayant eu des liens avec les milieux policiers ou du renseignement ont été impliquées dans une organisation criminelle jugée par la justice.

C’est déjà considérable.

Une affaire qui laissera des traces

Le verdict du 17 juillet 2026 marque une étape judiciaire majeure. Dix-sept personnes ont été condamnées, cinq ont été acquittées et plusieurs des principaux protagonistes ont écopé de peines de réclusion criminelle particulièrement lourdes.

Mais au-delà des peines, cette affaire laisse une question fondamentale : comment une organisation criminelle a-t-elle pu s’appuyer sur des relations professionnelles, des réseaux personnels et une appartenance maçonnique pour mener des opérations aussi violentes ?

L’affaire Athanor rappelle qu’aucun milieu social, aucune fonction et aucune appartenance ne doivent placer un individu au-dessus des lois.

La confiance ne peut pas être un permis d’agir. Et la fraternité, quelle que soit sa forme, ne saurait devenir une couverture pour le crime.

David Schmidt

David SCHMIDT

Journaliste/Reporter

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