À 54 ans, Benoît refuse que les enfants vivent ce qu’il a vécu
Ancien enfant placé, Benoît a subi le harcèlement moral et physique durant son enfance. Aujourd’hui, à 54 ans, il veut prendre la parole pour alerter sur un phénomène qui, selon lui, continue de faire des victimes. Avec l’association « Nous, enfants de la DASS », il souhaite briser le silence autour d’un sujet qui concerne aussi bien les enfants que leurs parents.
Il y a des blessures que le temps ne suffit pas à effacer. Des souvenirs d’enfance que l’on préférerait oublier, mais qui restent gravés quelque part. Pour Benoît, le harcèlement scolaire fait partie de ces expériences douloureuses.
Enfant abandonné et placé, à une époque où l’on parlait encore de la DASS, aujourd’hui remplacée dans ce domaine par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), il raconte avoir subi des violences à la fois morales et physiques. Une expérience qui l’a marqué et qui explique aujourd’hui son engagement.
À 54 ans, Benoît porte un regard inquiet sur la situation actuelle. Son constat est sans détour : malgré les années, les campagnes de sensibilisation et les prises de parole, il estime que le problème reste entier.
Pourquoi ce sujet lui tient-il autant à cœur ?
La réponse se trouve dans son propre parcours. Benoît sait ce que signifie être confronté à la violence durant l’enfance. Il sait aussi que ces expériences ne disparaissent pas simplement parce que l’on grandit.
Un combat qui dépasse son histoire personnelle
Si Benoît souhaite aujourd’hui témoigner, ce n’est pas uniquement pour raconter ce qu’il a vécu. Il veut aussi attirer l’attention sur les enfants qui, aujourd’hui encore, subissent des humiliations, des insultes, des menaces ou des coups dans leur environnement scolaire.
Le harcèlement ne se résume pas toujours à une violence visible.
Il peut aussi se cacher derrière des moqueries répétées, des mises à l’écart, des paroles blessantes ou des comportements qui finissent par détruire la confiance d’un enfant.
Pour les victimes, les conséquences peuvent être profondes. Et pour les parents, découvrir que leur enfant souffre sans parvenir à le protéger est une épreuve particulièrement difficile.
C’est aussi pour eux que Benoît souhaite faire entendre sa voix. Il veut que le sujet soit abordé ouvertement, sans gêne et sans minimiser les faits.
Le silence n’est pas une solution
Parler du harcèlement scolaire reste essentiel. Car derrière chaque situation, il y a un enfant qui doit pouvoir apprendre, grandir et se construire sans avoir peur d’aller à l’école.
Les dispositifs de prévention existent aujourd’hui, et le harcèlement scolaire est reconnu par la loi comme une infraction. Pourtant, la persistance des situations signalées rappelle que le combat est loin d’être terminé.
Selon les données publiées par le ministère de l’Éducation nationale en juin 2026, les autoévaluations réalisées en novembre 2025 indiquent que 3 % des écoliers, 4 % des collégiens et 2 % des lycéens se trouvent en situation de harcèlement scolaire. Des chiffres qui témoignent de la nécessité de poursuivre les efforts de prévention et de détection.
Mais les dispositifs ne suffisent pas à eux seuls. Il faut aussi écouter les enfants, prendre leurs paroles au sérieux, accompagner les familles et intervenir lorsque des faits sont signalés. Un enfant qui parle doit être entendu. Un enfant qui souffre ne doit pas être laissé seul.
Une voix pour faire bouger les choses
Benoît a déjà entrepris des démarches pour sensibiliser le public à cette question. Il a notamment contacté Radio Mélodie et Le Républicain Lorrain afin de faire connaître son témoignage. Il prévoit également une interview avec Émile Kemel, annoncée pour le lundi suivant son message.
À travers ces prises de parole, il espère contribuer à faire sortir le harcèlement scolaire du silence et rappeler que cette réalité ne concerne pas uniquement les victimes : elle nous concerne tous.
Son parcours personnel donne à son engagement une dimension particulière.
Il ne prétend pas parler à la place de tous les enfants victimes, mais il souhaite que ceux qui souffrent aujourd’hui puissent être mieux protégés que ne l’ont été certains enfants de sa génération.
Une question demeure :
– Combien d’enfants devront encore souffrir avant que chacun mesure pleinement la gravité du problème ?
Le témoignage de Benoît nous rappelle une chose essentielle.
L’enfance devrait être un temps pour apprendre, découvrir et grandir, pas une période durant laquelle il faut trouver chaque jour la force d’affronter la violence. Briser le silence, ce n’est pas remuer le passé pour le plaisir.
C’est tenter d’éviter que les mêmes souffrances se reproduisent demain.



