France

Présidentielle : Macron VS Le PEN

On recommence comme en 2017

PARIS – Le président Emmanuel Macron affrontera Marine Le Pen, leader de l’extrême droite française, au second tour de l’élection présidentielle française.

Après le dépouillement de 92 % des bulletins de vote déposés dimanche, M. Macron, un centriste, était en tête avec environ 27,4 % des voix contre 24,3 % pour Mme Le Pen. Mme Le Pen a bénéficié d’une poussée tardive reflétant une désaffection généralisée pour la hausse des prix, la sécurité et l’immigration.

Une France anti-OTAN et plus pro-russe dans l’éventualité d’une ultime victoire de Le Pen susciterait de profondes inquiétudes dans les capitales alliées, et pourrait fracturer la réponse transatlantique unie à l’invasion russe de l’Ukraine.

Mais M. Macron, après une campagne terne, abordera le second tour en tant que léger favori, ayant fait un peu mieux que ce que laissaient entendre les derniers sondages d’opinion. Certains l’avaient montré comme devançant Mme Le Pen de seulement deux points.
Le rejet français de principe du nationalisme anti-immigrés de Mme Le Pen s’est effiloché au fur et à mesure que les politiques libérales se sont répandues en Europe et aux États-Unis. Elle a réussi à adoucir son conditionnement, sinon sa conviction farouche que les Français doivent être privilégiés par rapport aux étrangers et que le rideau doit être tiré sur la France en tant que “terre d’immigration”.

Les liens de Mme Le Pen avec le président russe Vladimir V. Poutine sont étroits, bien qu’elle se soit démenée ces dernières semaines pour les minimiser. Ce mois-ci, elle s’est empressée de féliciter Viktor Orban, le leader nationaliste et anti-immigration de Hongrie, pour sa quatrième victoire consécutive aux élections législatives.

“Je remettrai la France en ordre dans cinq ans”, a déclaré Mme Le Pen devant des partisans enthousiastes, appelant tous les Français à la rejoindre dans ce qu’elle appelle “un choix de civilisation” dans lequel la “prépondérance légitime de la langue et de la culture françaises” serait garantie et la pleine “souveraineté rétablie dans tous les domaines”.

La semaine dernière, dans une interview au quotidien Le Parisien, M. Macron a qualifié Mme Le Pen de “raciste” d’une “grande brutalité”. Mme Le Pen a riposté en déclarant que les propos du président étaient “scandaleux et agressifs.” Elle a qualifié le fait de favoriser les Français par rapport aux étrangers de “seule politique morale, légale et admissible.”

Les deux hommes s’affronteront sur l’avenir de la France, à un moment où la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et la fin de la longue chancellerie d’Angela Merkel en Allemagne ont placé une pression particulière sur le leadership français.

M. Macron veut transformer l’Europe en une puissance militaire crédible dotée d’une “autonomie stratégique”. Mme Le Pen, dont le parti a reçu des fonds d’une banque russe et, plus récemment, d’une banque hongroise, a d’autres priorités.

Le second tour, qui aura lieu le 24 avril, sera une répétition de la dernière élection, en 2017, lorsque M. Macron, qui était alors un nouveau venu en politique décidé à briser les anciennes divisions entre la gauche et la droite, a battu Mme Le Pen avec 66,9 % des voix contre 33,1 % pour elle.

Cette fois, le résultat final sera certainement beaucoup plus serré qu’il y a cinq ans. Les sondages effectués avant le vote de dimanche indiquaient que M. Macron l’emporterait par 52 % contre 48 % à Mme Le Pen au second tour. Cela pourrait changer au cours des deux prochaines semaines, lorsque les candidats débattront pour la première fois de la campagne.

Reflétant la dérive de la France vers la droite ces dernières années, aucun candidat de gauche ne s’est qualifié pour le second tour. Le Parti socialiste, qui a longtemps été un pilier de la politique française d’après-guerre, s’est effondré, laissant Jean-Luc Mélenchon, le candidat d’extrême-gauche anti-OTAN avec son mouvement La France décomplexée, prendre la troisième place avec environ 21 %.

Mme Le Pen, qui dirige le Rassemblement national, anciennement le Front national, a été aidée par la candidature d’Éric Zemmour, un homme de télévision farouchement xénophobe devenu politicien, qui est devenu le politicien de référence pour les provocations anti-immigrés, ce qui l’a fait paraître plus ordinaire et inoffensive. En fin de compte, la campagne de M. Zemmour s’est estompée, et il a obtenu environ 7 % des voix.

M. Zemmour a immédiatement appelé ses partisans à soutenir Mme Le Pen au second tour. “Face à Mme Le Pen, il y a un homme qui a permis à 2 millions d’immigrants d’entrer en France”, a déclaré M. Zemmour.

Le scénario menaçant pour M. Macron est que le vote de M. Zemmour aille à Mme Le Pen, et qu’elle soit encore renforcée par la large section de la gauche qui se sent trahie ou simplement viscéralement hostile au président, ainsi que par certains électeurs de centre-droit pour qui l’immigration est la question centrale.

Plus de la moitié des Français – les partisans de Mme Le Pen, de M. Zemmour et de M. Mélenchon – semblent désormais favoriser les partis qui sont largement anti-OTAN, anti-américains et hostiles à l’Union européenne. En revanche, le grand centre – le parti La République en Marche de M. Macron, le Parti socialiste, les Républicains de centre-droit et le Parti vert – a obtenu un total combiné d’environ 40 %.

Ces chiffres ont révélé l’étendue de l’anxiété en France, et peut-être aussi l’étendue de la méfiance envers sa démocratie. Ils seront plus réconfortants pour Mme Le Pen que pour M. Macron, même si M. Mélenchon a déclaré que ses partisans ne devraient pas donner “une seule voix” à Mme Le Pen.

Il a toutefois refusé d’apporter son soutien à M. Macron.

Au quartier général de Mme Le Pen, Frédéric Sarmiento, un militant, a déclaré : “Elle va bénéficier d’un grand transfert de voix”, pointant du doigt les partisans de M. Zemmour, mais aussi certains à gauche qui, selon les sondages, soutiendront Mme Le Pen au second tour.
“Je suis très inquiet, ce sera un second tour très serré”, a déclaré Nicolas Tenzer, un auteur qui enseigne les sciences politiques à l’université de Sciences Po. “Beaucoup de gens à gauche vont s’abstenir plutôt que de voter Macron”.

M. Macron a obtenu le soutien immédiat pour le second tour des candidats socialistes, communistes, verts et de centre-droit défaits, mais à eux tous, ils ne représentent pas plus de 15 % des voix du premier tour. Il pourrait également bénéficier d’une poussée tardive du soutien de la République dans un pays qui a fait l’amère expérience, pendant la guerre, d’un régime d’extrême droite.

Au final, l’élection de dimanche s’est résumée à M. Macron contre les extrêmes droite et gauche de l’échiquier politique, signe de son démantèlement efficace de l’ancien ordre politique. Désormais construite essentiellement autour d’une personnalité – le président agité – la démocratie française ne semble pas être arrivée à une structure alternative durable.

Si les deux qualificatifs du second tour sont les mêmes qu’en 2017, ils ont été modifiés par les circonstances. Alors que M. Macron représentait l’espoir réformateur en 2017, il est désormais largement perçu comme un dirigeant qui a dérivé vers la droite et un style de gouvernement descendant et très personnalisé. Il a perdu de son lustre.

Sur la place de l’islam en France, sur les contrôles de l’immigration et sur les pouvoirs de la police, M. Macron a adopté une ligne dure, jugeant que l’élection serait gagnée ou perdue pour sa droite.

S’adressant à ses partisans après le vote dimanche, il a déclaré vouloir une France qui “lutte résolument contre le séparatisme islamiste” – un terme qu’il utilise pour décrire les musulmans conservateurs ou radicaux qui rejettent les valeurs françaises comme l’égalité des sexes – mais aussi une France qui permet à tous les croyants de pratiquer leur foi.

Son virage à droite a eu un coût. Le centre-gauche, qui était autrefois le cœur de son soutien, s’est senti trahi. La question de savoir dans quelle mesure la gauche votera pour lui au second tour sera une source d’inquiétude majeure, comme en témoignent déjà les récentes paeans de rattrapage abrupts de M. Macron sur la “fraternité”, la “solidarité” et l’égalité des chances.

Tout au long de la campagne, M. Macron a semblé désengagé, accaparé par d’innombrables appels téléphoniques à M. Poutine qui se sont avérés inefficaces.

Une avance confortable dans les sondages a disparu ces dernières semaines alors que le ressentiment grandissait face au détachement du président. Au cours des cinq années de sa présidence, il s’est efforcé de surmonter son image de distant, apprenant à se rapprocher de plus de gens, avant de souffrir d’une rechute apparente au cours des dernières semaines.

Pourtant, M. Macron a guidé le pays pendant la longue crise du coronavirus, a ramené le chômage à son niveau le plus bas depuis dix ans et a relancé la croissance économique. Ce faisant, il a convaincu de nombreux Français qu’il avait ce qu’il fallait pour diriger et représenter dignement la France sur la scène internationale.

Mme Le Pen, qui serait la première femme présidente de la France, est également perçue différemment. Pour sa troisième tentative de devenir présidente – Jacques Chirac l’a emporté en 1995 après avoir échoué à deux reprises – elle s’est pliée à la raison (et à l’opinion publique) sur deux fronts importants : elle a abandonné ses vœux antérieurs de sortir la France de l’Union européenne et de la zone euro. Pourtant, nombre de ses propositions – comme l’interdiction pour les citoyens de l’Union européenne de bénéficier de certaines des mêmes prestations sociales que les citoyens français – enfreindraient les traités européens fondamentaux.

La leader du Rassemblement national, anciennement le Front national, a atténué son langage pour paraître plus “présidentielle”. Elle a beaucoup souri, s’est ouverte sur ses combats personnels et a donné l’impression d’être plus proche des préoccupations quotidiennes des Français, notamment en ce qui concerne la forte hausse du prix de l’essence et l’inflation.

Mais beaucoup de choses n’ont pas changé. Son programme comprend un plan pour organiser un référendum qui conduirait à une modification de la Constitution interdisant toute politique conduisant à “l’installation sur le territoire national d’un nombre d’étrangers si important qu’il modifierait la composition et l’identité du peuple français.”

Elle veut également interdire aux femmes musulmanes de porter un foulard et leur infliger une amende si elles le font.

Le taux d’abstention dimanche, qui se situe entre 26 et 28 %, est supérieur de plusieurs points à celui des dernières élections. Il n’avait pas été aussi élevé depuis 2002.

Cette situation semble refléter la désillusion à l’égard de la politique en tant qu’agent de changement, l’effet d’entraînement de la guerre en Ukraine et la perte de confiance dans la démocratie. Cela fait partie de la même colère qui a poussé tant de Français vers les extrêmes politiques.

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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