Il y a des élus qui serrent des mains. D’autres préfèrent compter les poignées de porte des salons où l’on sert le champagne.
À Forbach, certains citoyens ont parfois le sentiment qu’il existe deux mondes. D’un côté, celui des inaugurations, des photos officielles, des discours bien repassés, des costumes impeccables et des réceptions où tout semble toujours aller pour le mieux. De l’autre, celui des familles qui comptent les euros avant le 10 du mois, qui voient les factures grimper, qui renoncent aux vacances et qui espèrent simplement que leur voiture tiendra jusqu’au prochain contrôle technique.
La fracture n’est pas seulement économique. Elle est devenue symbolique.
À écouter certains discours ou à observer certaines priorités, beaucoup ont le sentiment que la classe moyenne n’existe plus. Ou plutôt qu’elle ne mérite plus qu’on s’y intéresse. Vous gagnez moins de 4 000 euros par mois ? Vous êtes employé, ouvrier, artisan, retraité ou mère célibataire ? Alors vous avez parfois l’impression de devenir invisible.
Ce qui choque n’est pas tant la réussite d’un élu. Personne ne reproche à un maire de bien vivre. Ce qui dérange, c’est lorsque le fossé devient si grand qu’il donne l’impression que ceux qui dirigent ne connaissent plus la réalité de ceux qu’ils administrent. Pendant que certains parlent de grands projets, de communication, des habitants parlent de fins de mois, de commerces qui ferment, de quartiers qui se dégradent, de logements et de pouvoir d’achat qui s’effondre.
La politique municipale ne devrait jamais devenir un concours de prestige.
Elle devrait être le reflet des préoccupations de ceux qui paient leurs impôts, travaillent chaque jour et font vivre une ville sans jamais apparaître sur les photos officielles. Le rôle d’un maire n’est pas d’impressionner n’y d’être dans le paraître. Son rôle est de comprendre.
Comprendre ce que représente une facture de cantine, comprendre ce qu’est un salaire de mois de 1 500 euros. Comprendre ce que signifie repousser un rendez-vous chez un docteur faute de moyens. Comprendre que derrière chaque facture se cache parfois un sacrifice. La classe moyenne n’est pas une catégorie statistique. C’est elle qui fait tourner les commerces, les associations, les entreprises, les écoles et les services publics. Elle ne demande pas des privilèges simplement du respect.
Et lorsqu’une partie de la population a le sentiment que les décisions sont prises sans elle, voire contre elle, ce n’est pas seulement un problème politique. C’est un problème démocratique. Une ville ne se construit pas uniquement avec des rubans à couper et des communiqués de presse.
Elle se construit avec des habitants qui ont le sentiment d’être écoutés. Peut-être est-il temps de redescendre des estrades, de quitter les salons et de revenir simplement discuter avec ceux qui vivent la vraie vie. Parce qu’une mairie n’est pas un palais. Et les citoyens ne sont jamais des sujets de seconde zone.
L’arrogance d’un maire qui ne regarde plus le peuple
Il y a des regards qui en disent plus long que les discours. Quand un chef d’entreprise, un notable ou une personnalité locale s’approche de notre maire, le sourire apparaît, la poignée de main est chaleureuse, l’écoute semble sincère. Mais lorsque c’est un simple citoyen qui ose prendre la parole, un retraité, un salarié, une mère de famille ou un habitant venu exposer ses difficultés, le ton change. Le regard devient distant, l’échange expéditif comme si le temps accordé au « petit peuple » était une corvée.
C’est mon ressenti et je l’assume pleinement.
– J’ai le sentiment que dans cette ville, le respect n’est pas distribué de manière égale.
Il semble réservé à ceux qui possèdent un certain statut social, un carnet d’adresses ou une influence, les autres deviennent invisibles.
– Nous, la classe moyenne,
– Nous, ceux qui travaillent dur pour payer leurs factures,
– Nous, ceux qui faisons vivre les commerces, les associations, les écoles et les quartiers,
– Nous avons parfois l’impression de ne compter que le jour des élections,
– Nous les riens, nous les chiens …
Le reste du temps, nous sommes priés d’applaudir les inaugurations, les belles photos et la communication parfaitement orchestrée. La politique ne devrait pourtant pas être un exercice d’image. Un maire n’est pas élu pour fréquenter les puissants. Il est élu pour représenter tous les habitants, surtout ceux qui n’ont ni réseau, ni fortune, ni influence. Quand des citoyens ont le sentiment d’être regardés de haut, c’est qu’un lien essentiel est en train de se rompre, celui de la confiance.
Une ville ne se gouverne pas avec du mépris. Elle se gouverne avec de l’écoute, de l’humilité et du respect. Et le respect ne devrait jamais dépendre du montant inscrit sur une fiche de paie.
David SCHMIDT




