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MON PREMIER CONSEIL MUNICIPAL À FORBACH : LA DÉMOCRATIE SELON CASSARO, À GÉOMÉTRIE VARIABLE ?
Par David Schmidt – À titre personnel en tant que simple citoyen.
Le 10 octobre 2026, j’ai assisté à mon premier conseil municipal de Forbach et j’avais envie de comprendre comment fonctionne cette institution et comment les décisions sont prises, comment les élus débattent et comment la démocratie s’exerce concrètement au sein de notre mairie. Autant vous dire que ma joie fut de courte durée. Je pensais assister à un débat entre des élus malgré leurs différences politiques vu qu’ils ont au moins un point commun : celui d’avoir été élus pour représenter les citoyens de Forbach.
Je suis ressorti avec une tout autre impression, celle d’avoir assisté à des échanges où le respect de l’opposition semblait parfois être une option, où les questions embarrassantes paraissaient déranger et où le mot « démocratie » était brandi alors même que son esprit me semblait mis à rude épreuve.
Je tiens à préciser une chose :
– Je ne suis pas venu en tant que journaliste, ni défendre un camp contre un autre. Je suis venu observer, écouter et me faire ma propre opinion. Ce que j’ai vu mérite selon moi d’être raconté.
Après l’introduction du maire, Alexandre Cassaro, M. Cinqualbre a pris la parole pour revenir sur les événements du précédent conseil municipal et il a évoqué un incident au cours duquel une bouteille d’eau aurait été projetée au sol puis a demandé des excuses à l’opposition, qui n’a pas souhaité en présenter. Pour comprendre cet épisode, il faut revenir sur ce qui aurait provoqué cette réaction. Lors du précédent conseil, le maire se serait moqué des élus du groupe de M. Griffete, comme à l’accoutumée. Samathy Chea, visiblement agacé par ces remarques, aurait alors donné un coup dans sa bouteille d’eau, la faisant tomber au sol, ce qui est contesté par l’opposition. Je ne vais pas prétendre que ce geste était la meilleure façon de réagir, mais je pose une question simple :
– Peut-on exiger du calme et du respect de la part de l’opposition sans commencer par montrer soi-même l’exemple ?
Je connais M. Cinqualbre et je me suis interrogé sur la démarche de cette intervention. Parce qu’au-delà des intentions que je ne peux pas connaître, ce qui m’intéresse, ce sont les faits et le climat dans lequel ils s’inscrivent. J’ai été témoin, lors de ce conseil, de remarques et d’attitudes que j’ai personnellement ressenties comme méprisantes à l’égard de l’opposition. M. Griffete a d’ailleurs repris la parole pour rappeler que cet incident ne pouvait pas être isolé du contexte dans lequel il s’était produit, évoquant les remarques condescendantes dont son groupe estime faire l’objet.
Un élu doit pouvoir défendre ses idées sans avoir à subir des moqueries personnelles. On peut contredire quelqu’un, démonter ses arguments et même lui prouver qu’il a tort car c’est même le principe d’un débat démocratique. Mais ridiculiser son interlocuteur pour ensuite lui reprocher de s’agacer et pour moi, une drôle de conception du dialogue. Et si j’avais été à la place de M. Chea, je ne suis pas certain que j’aurais fait preuve d’autant de retenue. M. Chea était dans son bon droit, dans le sens où l’on ne transforme pas un conseil en chambre d’enregistrement. M. le maire, du haut de son fauteuil doré, a des remarques incandescentes et méprisantes à l’égard de l’opposition. N’oublions pas qu’en France, bien des personnes se sont battues pour la liberté d’expression.
Cela ne signifie pas que tous les débordements sont acceptables, cela signifie simplement que le respect ne peut pas fonctionner à sens unique et la démocratie, ce n’est pas demander à l’opposition de se taire poliment pendant que la majorité lui explique qu’elle a toujours raison.
402 000 euros de dépenses supplémentaires. Une question, beaucoup de paroles et peu de réponses
C’est probablement l’un des moments qui m’a le plus marqué pendant ce conseil. Au printemps dernier, le maire annonçait 620 000 euros d’économies et, lors de ce conseil, il était question de 402 000 euros de dépenses supplémentaires. Parmi les montants évoqués figuraient notamment environ 198 000 euros supplémentaires pour les subventions, 60 000 euros pour les fêtes et cérémonies ainsi que 55 000 euros supplémentaires sur un autre poste budgétaire.
Face à ces chiffres, M. Griffete a posé une question qui me semble parfaitement légitime :
– À qui vont ces sommes et à quoi correspondent précisément ces dépenses ?
Il ne demandait pas la lune, juste des explications sur l’utilisation de l’argent public mais j’ai eu le sentiment d’assister à un exercice de communication particulièrement bien rodé. Pendant plusieurs minutes, le maire a développé ses arguments sur la bonne gestion des finances municipales, sans apporter à mes yeux de réponse suffisamment concrète à la question posée. On a eu le droit à cinq minutes de tricotage verbal de la part du maire qui a saisi l’occasion de se faire des éloges. Ces chevilles ont tellement gonflé que la fermeture éclair de ses bottines a explosé et j’ai failli me la prendre dans l’œil (rire).
M. Griffete a alors insisté, en rappelant qu’il n’avait toujours pas obtenu de réponse et c’est là que le ton est monté. Le maire a rappelé qu’il présidait le conseil municipal et qu’il en organisait le déroulement et le comble, c’est qu’il a ensuite refusé de redonner la parole à M. Griffete, sur un ton toujours aussi méprisant. Oui le maire préside le conseil et doit en assurer le bon déroulement, personne ne conteste cette responsabilité. Sauf que présider une assemblée ne signifie pas que l’on peut esquiver toutes les questions qui dérangent. Une question précise appelle une réponse précise comme un chiffre public appelle une explication publique. Il serait marrant de demander le livre des comptes pour que la transparence soit relayée auprès de la population.
– Si la gestion est saine, pourquoi ne pas expliquer clairement les dépenses concernées ?
– Pourquoi ne pas détailler les bénéficiaires des subventions et les raisons de ces augmentations si ce n’est pas un secret ?
Je ne prétends pas qu’il y a nécessairement un problème dans ces comptes, je n’ai pas encore les éléments pour l’affirmer. Mais c’est bien pour cela que les explications sont nécessaires. La transparence n’est pas une faveur que l’on accorde à l’opposition lorsqu’on est de bonne humeur. C’est une exigence normale dans la gestion de l’argent des contribuables et je vais pousser le raisonnement un peu plus loin, si tout est aussi clair qu’on nous le dit, alors la publication d’explications détaillées sur ces dépenses devrait permettre à chacun de se faire sa propre opinion. L’argent dépensé par la mairie ne sort pas de la poche personnelle du maire mais provient de fonds publics.
Une cellule commerciale du Mise au Green, dont le plancher s’était effondré il y a environ deux ans.
D’après les éléments évoqués pendant le conseil, la municipalité souhaite acquérir cette cellule pour environ 34 000 euros, avec moins de 30 000 euros de travaux envisagés, afin d’en faire une boutique éphémère. Le maire a notamment expliqué qu’il n’y avait plus de cellules commerciales vides autour de la place Aristide-Briand, notre place du marché.
Très bien. Mais Forbach ne se résume pas à cette place.
– Qu’en est-il des autres rues ?
– Qu’en est-il de toutes ces vitrines fermées que les habitants croisent quotidiennement en se promenant dans notre ville ?
– On parle de plus de 70 cellules commerciales vacantes dans l’ensemble de Forbach.
Donc la question de fond demeure :
– Quelle est la stratégie municipale pour redonner vie à nos commerces ?
Car acheter une cellule pour en faire une boutique éphémère peut être une initiative intéressante. Encore faut-il savoir quel objectif on poursuit, combien cela coûte réellement et comment cette action s’inscrit dans une politique commerciale plus large. Lorsqu’on cherche à comprendre les choix de la municipalité, on est en droit d’attendre autre chose qu’une présentation partielle de la situation.
D’autant que la question de la taxation des locaux commerciaux vacants a également été mise dans le débat public local. Taxer les cellules vides, pourquoi pas si les conditions légales sont réunies et si cela répond à une véritable stratégie. Mais avant de sortir la calculette fiscale, ne faudrait-il pas se demander pourquoi ces commerces sont vides et quelles nouvelles activités pourraient s’installer ? On ne fait pas revenir les commerçants en leur montrant simplement le montant de la prochaine facture. Et quand Mme Gandron a souhaité obtenir davantage de précisions sur la cellule commerciale, j’ai été frappé par la manière dont le débat a dévié vers une accusation d’appartenance à La France insoumise. Or, lors des élections municipales de mars, la liste Forbach Action se présentait comme sans étiquette.
Là encore, la question de fond mérite mieux qu’une étiquette politique lancée au milieu du débat. Quand on ne répond pas au dossier, on finit parfois par parler de celui qui pose la question, c’est certes plus facile, mais ça ne règle rien. Le maire parle de démocratie, mais laquelle ? C’est finalement le fil rouge de mon ressenti et de celui du public pendant cette séance. J’ai entendu parler de démocratie, de gestion ou de responsabilités. Mais j’ai également observé des échanges qui m’ont laissé une impression de condescendance, des réponses que j’ai trouvées évasives et une opposition qui semblait parfois avoir toutes les peines du monde à faire entendre ses questions jusqu’au bout. Les habitants ne demandent pas au maire d’être d’accord avec ses opposants ce serait absurde, ni qu’il accepte toutes leurs propositions. Il a été élu pour appliquer un programme et prendre des décisions.
En revanche, les élus de l’opposition doivent pouvoir exercer leur mandat sans être tournés en ridicule, que leurs questions soient traitées sérieusement et que les débats portent sur le fond des dossiers. Car l’opposition représente elle aussi des habitants. Les résultats des élections municipales de mars 2026 doivent nous rappeler une réalité. Alexandre Cassaro a obtenu une majorité de suffrages exprimés, mais il n’a pas recueilli l’adhésion de tous les Forbachois.
Les chiffres que j’ai relevés font état de 51,41 % d’abstention, soit 6 709 abstentionnistes, contre 48,59 % de participation, soit 6 342 votants. La liste Cassaro aurait obtenu 53,46 % des suffrages exprimés, tandis que les listes d’opposants totalisaient ensemble 46,11 %. Ces chiffres sont des résultats officiels du second tour pour éviter toute confusion entre les inscrits, les votants et les suffrages exprimés. Mais ils illustrent que la vie démocratique ne s’arrête pas le soir de l’élection. Les personnes qui ont voté pour l’opposition existent bel et bien. Elles ont le droit d’être représentées, entendues et respectées. Et celles qui se sont abstenues existent également. Leur silence dans les urnes ne signifie pas qu’elles ont donné carte blanche à la majorité pour les cinq années à venir. Être élu ce n’est pas devenir propriétaire de la mairie, c’est recevoir un mandat des citoyens.
Mes questions au maire, puisque je n’ai pas pu les lui poser
J’ai attendu patiemment la fin du conseil municipal. Je souhaitais interroger le maire sur deux sujets très concrets et je n’ai finalement pas pu lui poser mes questions dans le cadre que j’espérais. Je les formule donc ici publiquement en espérant obtenir un jour des réponses.
Mes premières questions :
– Quel avenir pour les cellules commerciales vides de l’ensemble de la ville de Forbach, à part des taxes ?
– Savoir quelles sont les perspectives de la municipalité pour les dizaines de cellules commerciales vacantes dans les autres rues de Forbach ?
– Existe-t-il un plan d’action précis pour attirer de nouveaux commerçants, accompagner les propriétaires, faciliter les installations ou redonner une activité aux rues qui se vident ?
– Et quelle place la municipalité entend-elle donner aux porteurs de projets locaux ?
– J’aimerais connaître les mesures concrètes, le calendrier envisagé et les moyens financiers prévus. Parce que taxer les locaux vacants peut faire partie des outils disponibles, mais cela ne remplace pas une stratégie de revitalisation commerciale.
Mes dernières questions :
– Que compte faire la municipalité pour fluidifier la circulation avenue Saint-Rémy ?
Sous la précédente mandature de Laurent Kalinowski, avant l’ère Cassaro, une réflexion avait été menée autour de la circulation sur l’avenue Saint-Rémy avec l’idée de réduire le nombre de voies sur une partie de cet axe et de supprimer les feux tricolores afin de fluidifier le trafic. Aujourd’hui, on constate que le passage à deux voies ne concerne qu’une portion de l’avenue, tandis que l’on retrouve ensuite une configuration à quatre voies. Aux heures de pointe, les bouchons restent bien présents. Je souhaiterais donc savoir si la municipalité dispose d’une étude actualisée de la circulation sur cet axe et si elle envisage des aménagements pour améliorer la situation. La suppression de certains feux, la création d’un giratoire ou d’autres solutions ont-elles été étudiées ?
Quels sont les obstacles techniques ou financiers éventuels ?
Je ne prétends pas détenir la solution, je pose simplement une question sur un problème quotidien rencontré par les automobilistes. C’est aussi cela le rôle d’un citoyen, signaler ce qui ne fonctionne pas et demander quelles solutions sont envisagées. Je ne peux pas terminer cet article sans évoquer un autre sujet, la relation entre les élus et ceux qui les interrogent. J’ai parfois le sentiment que le maire choisit avec quels médias il souhaite échanger. Les journalistes qui lui conviennent peuvent obtenir son attention, tandis que d’autres, dont le ton est plus critique, semblent moins bienvenus. Je ne prétends pas connaître toutes les raisons de cette situation. Mais je trouve regrettable qu’un journaliste ou un citoyen soit jugé davantage sur le ton de ses questions que sur leur pertinence.
La liberté d’expression ne consiste pas uniquement à laisser parler ceux qui nous approuvent. Elle consiste aussi à accepter les questions qui dérangent, les critiques qui déplaisent et les regards qui ne sont pas toujours flatteurs. Un journaliste n’est pas là pour caresser les élus dans le sens du poil. Il est là pour poser des questions, demander des explications et confronter les discours aux faits. Et un citoyen n’a pas à devenir un partisan pour avoir le droit de s’interroger sur la gestion de sa ville.
Ce que je retiens de ce premier conseil
Je vais être honnête, je suis ressorti avec un goût amer. J’ai eu le sentiment d’assister à une scène où le pouvoir prenait parfois le dessus sur le dialogue. Où la volonté de garder la maîtrise des échanges semblait primer sur celle d’apporter des réponses. Où l’opposition pourtant élue elle aussi, paraissait devoir batailler pour obtenir le droit de poser des questions jusqu’au bout. Et c’est précisément ce qui me dérange.
Je connais des personnes au sein de l’équipe municipale que j’apprécie sincèrement. Des personnes avec lesquelles on peut discuter, qui savent écouter et qui sont sympathiques dans la vie quotidienne. Je ne vais pas condamner toute une équipe pour les attitudes que j’ai observées chez notre roi Alexander 1er, ce serait injuste. Mais je m’interroge sur ce que devient la parole de ces élus lorsqu’ils se retrouvent face à un fonctionnement dans lequel le maire semble avoir le dernier mot sur tout ?
Une équipe municipale ne devrait pas être une assemblée où l’on attend que le chef ait fini de parler avant de pouvoir passer au point suivant. Elle devrait être un lieu de discussion, de confrontation des idées et de recherche de solutions. J’ai aussi été frappé par ce sentiment de distance entre celui qui occupe le fauteuil du maire et ceux qui sont censés être au cœur de ses préoccupations, j’ai nommé « les citoyens ».
Au bout du compte, ce ne sont ni les querelles d’ego ni les petites phrases assassines qui paient les factures, ce sont les habitants à travers leurs impôts et les services publics dont ils dépendent. Un maire peut être fier de son bilan, défendre ses choix et contester les arguments de ses adversaires, c’est son droit. Mais il devrait également pouvoir expliquer ses décisions sans transformer chaque question difficile en bras de fer. Le fauteuil du maire n’est pas un trône et la mairie n’est pas un royaume.
La démocratie ne se mesure pas au nombre de fois où un élu prononce le mot « démocratie ». Elle se mesure à la façon dont il accepte la contradiction, respecte ceux qui ne pensent pas comme lui et rend des comptes à ceux qui l’ont élu. Si la démocratie consiste à décider qui peut parler, à quel moment et à quelles conditions, alors il serait peut-être temps de relire le mode d’emploi d’un conseil municipal. À Forbach comme ailleurs, les citoyens ne sont pas des figurants dans une pièce dont le maire serait à la fois le metteur en scène, l’acteur principal et le critique officiel.
Et maintenant, on fait quoi ?
Je ne demande pas que l’on soit d’accord avec moi sur tout ; je demande simplement que l’on puisse discuter des faits, vérifier les chiffres et débattre des décisions qui engagent notre ville. Je continuerai à observer, à poser des questions et à me faire ma propre opinion. Je ne suis d’aucun camp politique et n’ai aucune raison de ménager qui que ce soit lorsque je considère qu’une situation mérite d’être dénoncée.
Je suivrai également l’audience qui doit se tenir au tribunal de Metz et j’en rendrai compte dans un autre cadre, avec une approche factuelle et pragmatique en distinguant les faits établis des déclarations de chacun. Pour ce qui concerne ce conseil municipal, mon constat est personnel et il est sincère. Je ne suis pas venu chercher un spectacle, je suis venu comprendre comment fonctionne notre démocratie locale et je suis reparti avec davantage de questions que de réponses. Chers Forbachois, la suite dépend aussi de nous. Aux prochaines élections, il faudra se déplacer, lire les programmes, écouter les candidats et leur demander ce qu’ils comptent réellement faire. Pas seulement ce qu’ils promettent, mais comment ils comptent le faire, avec quel argent et sous quel calendrier. Car lorsque les citoyens se désintéressent de la politique, ils laissent davantage de place à ceux qui savent parfaitement en profiter.
Et après, il ne faut pas s’étonner que d’autres décident à notre place. Le pouvoir appartient aux citoyens ; les élus n’en sont que les dépositaires temporaires.
Merci à celles et ceux qui auront pris le temps de me lire jusqu’au bout. On se retrouve bientôt pour la suite.
David Schmidt
Écrit par: David SCHMIDT
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