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La culture du viol en France

Un tabou à briser

6,7 millions de Français affirment avoir été victimes d’inceste.

Comment lutter efficacement contre les violences sexuelles?

La loi française est-elle assez répressive ? Homayra Sellier, présidente d’Innocence en danger.

«Face à l’inceste», une enquête Ipsos révèle qu’un Français sur 10 affirme avoir été victime d’inceste, soit 6,7 millions de personnes. Un chiffre qui a triplé en presque dix ans, ils étaient 2 millions en 2009. Comment expliquer cette augmentation? Si la loi a réintroduit le terme dans le Code pénal en 2016, l’inceste n’est cependant pas considéré comme une circonstance aggravante de viol. La loi française protège-t-elle assez les victimes alors que l’inceste reste un sujet tabou dans le pays?

«Il faut une action au niveau des responsables politiques, affirme Homayra Sellier, présidente d’Innocence en danger. Dans un premier temps, on doit créer un crime spécifique à l’inceste, puis faire sauter la prescription car beaucoup de victimes parlent des années après les faits.»

Innocence en danger est une association qui lutte depuis plus de vingt ans pour protéger les enfants de toutes formes de violences, y compris sexuelles.

«Comment briser le tabou? C’est un effort de société. Il faut déjà sortir d’une culture du viol en France, qui est omniprésente depuis toujours», assène Homayra Sellier.

« Les garçons seront toujours des garçons. »
« Elle était soûle. »
« Les femmes disent “non”, quand en fait elles veulent dire “oui”. »

La culture du viol est omniprésente. Elle est ancrée dans notre façon de penser, de parler et de nous mouvoir dans le monde. Au-delà des différences propres à chaque contexte, la culture du viol est toujours enracinée dans les croyances patriarcales, le pouvoir et le contrôle.

La culture du viol est l’environnement social qui permet de normaliser et de justifier la violence sexuelle, alimentée par les inégalités persistantes entre les sexes et les attitudes à leur égard. La nommer est le premier pas à franchir pour la démanteler.

Nous pouvons chaque jour analyser nos comportements et nos croyances afin de déceler les préjugés qui permettent à la culture du viol de perdurer. Qu’il s’agisse des attitudes que nous avons à l’égard des identités de genre ou des politiques que nous soutenons dans nos collectivités, nous pouvons tous agir pour lutter contre la culture du viol.

Établissez des politiques de tolérance zéro à l’égard du harcèlement et de la violence sexuels dans les lieux où vous vivez, travaillez et vous amusez. Les dirigeants doivent être particulièrement clairs sur le fait qu’ils se sont engagés à maintenir une politique de tolérance zéro et qu’elle doit être pratiquée tous les jours.

La culture du viol nous affecte tous, indépendamment de notre identité sexuelle, de notre sexualité, de notre statut économique, de notre race, de notre religion ou de notre âge. L’éradiquer signifie laisser derrière nous les définitions restrictives du genre et de la sexualité qui limitent le droit de la personne de se définir individuellement et de s’exprimer.

Certaines caractéristiques comme l’orientation sexuelle, le handicap ou l’origine ethnique, ainsi que certains facteurs contextuels, augmentent la vulnérabilité des femmes face à la violence. Les personnes LGBTQI peuvent faire l’objet d’un « viol correctif » par lequel l’auteur veut forcer la victime à se conformer à certains stéréotypes sexuels et sexistes. Pendant les crises humanitaires, la discrimination à l’égard des femmes et des filles est souvent un détonateur de la violence sexuelle.

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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