France

La France à une responsabilité dans le génocide rwandais

Elle est toutefois disculpé de toute complicité.

La France a une responsabilité « écrasante » dans le génocide rwandais, selon un rapport

Le rapport, commandé par le président Emmanuel Macron, estime que la mentalité coloniale de la France l’a rendue aveugle à cette atrocité. Les auteurs ont toutefois disculpé la France de toute complicité.

La flamme du souvenir au Mémorial du génocide de Kigali au Rwanda.

PARIS – Aveuglée par ses craintes de perdre son influence en Afrique et par une vision coloniale des peuples du continent, la France est restée proche du « régime raciste, corrompu et violent » responsable du génocide de 1994 au Rwanda, et porte des responsabilités « graves et écrasantes », selon un rapport publié vendredi.

Mais le rapport – commandé par le président Emmanuel Macron en 2019 et mis en forme par 15 historiens ayant un accès sans précédent aux archives du gouvernement français – dédouane la France de toute complicité dans le génocide qui a entraîné la mort de 800 000 personnes de l’ethnie tutsie et contribué à des décennies de conflits et d’instabilité en Afrique centrale.

« La France est-elle complice du génocide des Tutsis ? Si l’on entend par là une volonté de se joindre à une opération génocidaire, rien dans les archives examinées ne le démontre », indique le rapport, qui a été présenté à M. Macron vendredi après-midi.

Mais la commission a déclaré que la France était depuis longtemps impliquée dans le gouvernement rwandais dirigé par les Hutus, alors même que ce gouvernement préparait le génocide des Tutsis, considérant les dirigeants du pays comme un allié crucial dans une sphère d’influence française dans la région.

Pendant des décennies, les actions de la France pendant le génocide ont été la source d’un débat intense en Afrique et en Europe, les critiques accusant la France de ne pas avoir fait assez pour empêcher les tueries ou d’avoir soutenu activement le gouvernement dirigé par les Hutus à l’origine du génocide. L’histoire non résolue a longtemps empoisonné les relations entre la France et le gouvernement du président Paul Kagame, le leader tutsi qui contrôle le Rwanda depuis près d’un quart de siècle.

M. Macron, qui a évoqué son désir de rétablir les relations de la France avec un continent où elle était une puissance coloniale, aurait commandé le rapport pour tenter d’améliorer les relations avec le Rwanda.

Bien que le rapport de 992 pages présente de nouvelles informations provenant des archives du gouvernement français, il est peu probable qu’il résolve le débat sur le rôle de la France pendant le génocide, a déclaré Filip Reyntjens, un expert belge du génocide.

« Ce ne sera pas assez bon pour une partie, et ce ne sera pas assez bon pour l’autre partie », a déclaré M. Reyntjens. « Donc, à mon avis, cela ne réglera pas la question ».

Selon le rapport, François Mitterrand, le président français de l’époque, entretenait une « relation forte, personnelle et directe » avec Juvénal Habyarimana, longtemps président hutu du Rwanda, malgré son « régime raciste, corrompu et violent ».

M. Mitterrand et les membres de son cercle restreint pensaient que M. Habyarimana et les Hutus étaient des alliés clés dans un bloc francophone qui comprenait également le Burundi et la République démocratique du Congo, alors appelée Zaïre.

Les Français considéraient M. Kagame et d’autres dirigeants tutsis – qui avaient passé des années en exil dans l’Ouganda anglophone voisin – comme des alliés dans une poussée américaine dans la région.

« Le principal intérêt de ce pays pour la France est qu’il soit francophone », a écrit un haut responsable militaire en 1990, selon le rapport, qui conclut : « L’interprétation par la France de la situation rwandaise peut être vue à travers le prisme de la défense de la francophonie.

Les dirigeants français de l’époque considéraient les Hutus et les Tutsis à travers un prisme colonial, attribuant à chaque groupe des traits physiques et des comportements stéréotypés, ce qui a aggravé leur mauvaise interprétation des événements qui ont conduit au génocide, selon le rapport.

Dans l’une des conclusions les plus accablantes du rapport, ses auteurs écrivent : « L’échec de la France au Rwanda, dont les causes ne lui sont pas toutes imputables, peut être assimilé à cet égard à une ultime défaite impériale, d’autant plus significative qu’elle n’a été ni exprimée, ni reconnue ».

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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