Une France qui se regarde de plus en plus en chiens de faïence
La France est profondément divisée
France : on ne construira pas le vivre-ensemble en dressant les uns contre les autres
Par David Schmidt – DS’MAG
Une France qui se regarde de plus en plus en chiens de faïence
Il suffit aujourd’hui d’ouvrir les réseaux sociaux, de lire les commentaires sous une publication politique ou d’écouter certains débats pour comprendre que la France est profondément divisée.
D’un côté, ceux qui dénoncent le racisme, les discriminations et la montée de l’extrême droite. De l’autre, ceux qui expriment leur inquiétude face à l’immigration, à l’insécurité, au communautarisme ou à la perte de certains repères culturels. Entre les deux, des millions de citoyens qui travaillent, élèvent leurs enfants, paient leurs factures et aspirent simplement à vivre tranquillement.
Mais dans cette France qui se déchire, une question mérite d’être posée à force de vouloir désigner les coupables, avons-nous encore la volonté de chercher des solutions ?
Car le problème ne disparaîtra pas en répétant que tout va bien. Il ne disparaîtra pas davantage en accusant une population entière d’être responsable de tous nos maux. La réalité est plus complexe. Et c’est justement cette complexité que le débat politique semble parfois avoir abandonnée.
Le racisme ne possède ni carte de parti ni nationalité
Soyons clairs, le racisme de tous bords existe en France. Il est parfois violent, parfois insidieux, parfois ordinaire. Il peut se manifester dans un recrutement, dans un regard, dans une insulte ou dans un refus de considérer l’autre comme son égal. Il doit être combattu partout et sans aucune ambiguïté. Mais pourquoi avons-nous tant de mal à accepter que les préjugés, le rejet et l’intolérance ne se limitent pas à un seul camp politique ou à une seule communauté ?
Il existe des Français qui rejettent les étrangers simplement parce qu’ils sont étrangers. C’est une réalité qu’il faut dénoncer. Il existe aussi des personnes issues de l’immigration qui rejettent certains aspects de la société française, méprisent ses principes ou refusent de respecter des règles communes. Ces comportements doivent pouvoir être discutés et condamnés lorsqu’ils sont avérés, sans pour autant être généralisés à tous les étrangers ou à tous les croyants.
Défendre les étrangers contre le racisme ne signifie pas devoir excuser tous les comportements.
Défendre la culture française ne signifie pas devoir rejeter ceux qui viennent d’ailleurs.
Ces deux idées ne sont pas incompatibles. Elles devraient même constituer le socle d’un débat adulte. Le respect doit être réciproque et il ne peut pas être une exigence imposée aux uns et une option accordée aux autres.
Cette politique du deux poids, deux mesures
Il y a également une contradiction qui mérite d’être interrogée c’est la manière dont nous traitons les paroles et les responsabilités politiques. Lorsqu’un élu de droite prononce une phrase controversée, la réaction est souvent immédiate. Les déclarations sont reprises, commentées, condamnées. Les mots sont analysés à juste titre, car les responsables politiques ont une responsabilité particulière dans le climat qu’ils contribuent à créer.
Mais cette exigence doit-elle s’arrêter aux frontières d’un parti ?
Lorsqu’un élu de gauche tient des propos méprisants, lorsqu’un responsable politique minimise un problème ou lorsqu’un comportement condamnable vient de son propre camp, la même fermeté doit s’appliquer. Surtout d’une certaine gauche qui va jusqu’à mépriser la culture catholique du pays.
La lutte contre le racisme ne peut pas devenir une arme politique que l’on sort uniquement contre ses adversaires. Pas plus que la défense de la République ne peut servir de prétexte pour stigmatiser des populations entières.
Si une parole est condamnable, elle doit l’être quel que soit celui qui la prononce. Si un comportement est inacceptable, il doit être dénoncé sans regarder l’étiquette politique de son auteur. Cela ne signifie pas que tous les partis se valent, ni que toutes les déclarations ont la même gravité. Cela signifie simplement que les principes républicains perdent leur crédibilité lorsqu’ils sont appliqués de manière sélective.
La gauche doit pouvoir s’interroger sur ses propres contradictions.
La droite doit pouvoir reconnaître les siennes.
Et les extrêmes ne doivent bénéficier d’aucune immunité lorsqu’ils tiennent des propos stigmatisants ou entretiennent des peurs sans fondement. La cohérence n’est pas une option, c’est le minimum attendu de ceux qui prétendent défendre l’intérêt général.
Peut-on encore parler des problèmes sans être immédiatement catalogué ?
C’est l’une des difficultés de notre époque. Une personne exprime une inquiétude concernant l’immigration, elle est parfois immédiatement qualifiée de raciste. Une autre dénonce une discrimination, elle est parfois accusée de chercher à diviser. Une troisième parle de sécurité, d’intégration ou de laïcité, son propos est aussitôt récupéré par un camp politique. Résultat : chacun se replie dans son camp, choisit ses sources d’information et finit par ne plus écouter que ceux qui pensent comme lui.
Pourtant une démocratie digne de ce nom doit permettre de parler des sujets difficiles sans transformer chaque désaccord en procès moral. On peut défendre fermement le droit des étrangers à vivre dignement en France et considérer que l’intégration implique des devoirs. On peut dénoncer les discriminations et demander que les règles communes soient respectées. On peut combattre les extrême sans prétendre que toutes les inquiétudes exprimées par ses électeurs sont nécessairement illégitimes.
Encore faut-il savoir faire la différence entre une inquiétude réelle, une opinion discutable, un préjugé et un discours de haine. Tout mettre dans le même sac ne résout rien. Cela nourrit la défiance et laisse le champ libre à ceux qui prospèrent sur la colère. Une société qui interdit de poser certaines questions ne fait pas disparaître les problèmes. Elle pousse simplement les citoyens à chercher leurs réponses ailleurs, parfois auprès de ceux qui exploitent leurs peurs.
Le vivre-ensemble ne peut pas être à sens unique
Nous parlons beaucoup du vivre-ensemble. C’est une expression que l’on retrouve dans les discours politiques, les projets associatifs et les campagnes de communication.
Mais que signifie-t-elle concrètement ?
Vivre ensemble, ce n’est pas simplement cohabiter dans les mêmes rues. C’est accepter que nous partagions un espace commun, avec des droits, des libertés, des règles et des responsabilités. La France possède une histoire, une langue, une culture et des principes républicains. On peut les discuter, les faire évoluer démocratiquement et les enrichir au contact d’autres cultures. Mais construire une société commune suppose aussi de les connaître et de les respecter.
Cela vaut pour les personnes nées en France comme pour celles qui y arrivent. Personne ne devrait être jugé sur ses origines, sa religion ou son apparence. En revanche, chacun doit répondre de ses actes. L’intégration ne peut pas reposer uniquement sur les efforts de ceux qui arrivent. Elle demande aussi une société capable d’accueillir, de lutter contre les discriminations et de donner à chacun une chance réelle de trouver sa place.
Le respect est donc une responsabilité partagée. Il ne s’agit pas d’exiger que tout le monde se ressemble, pense pareil ou renonce à ses traditions. Il s’agit de faire en sorte que nos différences ne deviennent pas des murs infranchissables. On ne peut pas exiger des autres qu’ils nous respectent si nous refusons de les respecter. Mais on ne peut pas non plus réclamer le respect sans accepter les règles communes.
Voilà le véritable équilibre à rechercher.
Arrêtons de laisser la politique écrire notre avenir. Pendant que les responsables politiques s’affrontent à coups de déclarations, une partie de la population se détourne du débat public. Beaucoup ne croient plus aux promesses. D’autres se sentent abandonnés, méprisés ou incompris. Les difficultés économiques, le sentiment d’insécurité, les discriminations, les tensions identitaires et la défiance envers les institutions alimentent cette fracture. Aucun slogan ne suffira à les faire disparaître.
Et pendant que nous nous divisons, ceux qui savent transformer chaque désaccord en affrontement gagnent du terrain.
Il serait trop facile d’accuser uniquement les extrêmes. Il serait tout aussi irresponsable de prétendre qu’ils n’ont aucune responsabilité dans la manière dont certains discours de rejet se banalisent. Les responsables politiques doivent répondre de leurs paroles, de leurs actes et des conséquences qu’ils peuvent raisonnablement entraîner. Mais la responsabilité est plus large parce qu’elle concerne également les autres partis, les médias, les responsables associatifs et chacun d’entre nous.
À force de considérer l’adversaire comme un ennemi, nous finissons par oublier que nous partageons le même pays. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour vivre ensemble. Nous avons besoin d’un minimum de respect, d’honnêteté et de volonté de comprendre ce qui nous oppose. La République ne devrait pas être un drapeau que l’on agite contre son voisin, mais un cadre commun qui nous permet de vivre ensemble malgré nos différences.
Et nous, citoyens, dans tout cela ?
Nous avons aussi notre part de responsabilité.
Nous partageons des publications sans vérifier les faits. Nous condamnons parfois avant même d’avoir écouté. Nous réduisons des personnes à leur origine, leur religion, leur vote ou leur couleur politique. Nous préférons trop souvent gagner une dispute plutôt que comprendre un désaccord. Nous dénonçons la haine chez les autres sans toujours nous demander si nos propres mots contribuent à l’entretenir.
Alors oui, il faut parler du racisme, oui il faut dénoncer les discriminations, oui il faut combattre les discours de haine, d’où qu’ils viennent. Mais il faut également pouvoir parler de l’intégration, du respect des lois et de toutes difficultés que rencontrent certains territoires, sans être automatiquement enfermé dans une case politique. Il faut apprendre à se parler à nouveau dans les quartiers, dans les associations, dans les écoles, au travail et dans nos communes.
Cela demande des efforts, de la patience et parfois le courage de remettre en question ses propres convictions. C’est moins spectaculaire qu’une polémique sur les réseaux sociaux. C’est aussi beaucoup plus utile.
Ma conviction est que nous avons encore le choix !
Je refuse de croire que la France est condamnée à se déchirer entre deux blocs irréconciliables. Je refuse également de croire que la solution consiste à faire taire ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous pouvons défendre une France attachée à son histoire, à sa culture et à ses valeurs républicaines, tout en respectant celles et ceux qui ont choisi d’y vivre et d’y construire leur avenir.
Nous pouvons combattre le racisme sans fermer les yeux sur les problèmes d’intégration. Nous pouvons défendre les droits de chacun sans renoncer aux devoirs de tous. Nous pouvons dénoncer les dérives politiques sans accorder de passe-droit à notre propre camp. Cela suppose une chose essentielle, celle d’appliquer les mêmes exigences à tout le monde. Ni complaisance envers la haine, ni accusation systématique, ni stigmatisation collective, ni déni des difficultés, ni indignation à géométrie variable, ni silence de circonstance.
La France n’a pas besoin d’une nouvelle guerre entre les Français, elle a besoin de retrouver le sens du dialogue et de la responsabilité collective. Le vivre-ensemble ne se construit pas en désignant sans cesse un coupable. Il se construit lorsque chacun accepte de faire un pas vers l’autre, sans renoncer à ses principes et si nous voulons réellement apaiser notre pays, commençons par là. Cessons de nous demander uniquement qui doit être blâmé et demandons-nous enfin ce que nous pouvons faire ensemble pour que demain soit moins divisé qu’aujourd’hui.
David Schmidt
Un regard citoyen, libre et indépendant.




