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Les signes qui montrent que la crise a commencé.

Les indices d’une prochaine crise économique et financière

Pétrole, confiance, PIB, industrie, taux d’intérêt, or, volatilité, conflit durable entre la Chine et les Etats-Unis… Découvrez dans ce diaporama, rédigé le 10 janvier 2019, les nombreux indices qui incitent à tabler sur une crise économique et financière.>> A lire aussi – Taux d’intérêt, bulle, solidité des banques… Quand la prochaine crise éclatera-t-elle ?

Le cours du pétrole s’est effondré

Le prix du baril de Brent est passé de 87 dollars à son pic du 3 octobre à 51 dollars le 24 décembre – son récent creux -, soit un plongeon de 41% en moins de trois mois. “Cette évolution traduit un pessimisme accru sur la demande de pétrole, qui reflète la révision en baisse des perspectives de croissance du PIB”, relève Eric Galiègue, président de Valquant Expertyse. Précédemment, le cours du pétrole avait été multiplié par 3 depuis le creux majeur de début 2016. “Une anomalie, qui avait contribué d’une part à détériorer le contexte conjoncturel en plombant le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises, et d’autre part à conforter la volonté de la banque centrale des Etats-Unis à remonter son taux directeur”, juge de son côté Véronique Riches-Flores, de Riches Flores Research.

Plusieurs grandes puissances ont vu leur PIB se contracter

Le PIB allemand a reculé de 0,2% au troisième trimestre 2018 par rapport au précédent – sa première contraction depuis le premier trimestre 2015. Le PIB japonais s’est quant à lui replié de 2,5% en rythme annualisé, son plus fort tassement depuis le deuxième trimestre 2014, sur fond de chute de l’investissement des entreprises. Le PIB italien a de son côté chuté de 0,1%, sa première baisse depuis 2014.

Le ralentissement chinois inquiète

Dans l’Empire du milieu – deuxième économie mondiale -, l’activité dans le secteur manufacturier s’est contractée en décembre pour la première fois depuis plus de deux ans. Les chiffres d’exportations en yuan publiés début décembre ont été décevants : “+10,2% de croissance en novembre contre 13,8% attendu et 20% le mois dernier”, relevait récemment Stéphane Déo, stratégiste chez La Banque Postale Asset Management (LBPAM). D’autre part, le PMI (indice des directeurs d’achats) chinois, dans sa composante exportations, “semble pointer vers un très fort ralentissement à venir”, met en garde l’expert.

L’économie française mord la poussière

En France, l’indice PMI est tombé à 48,4. “La croissance du PIB et la confiance ont chuté, en partie à cause du mouvement des Gilets jaunes. Alors qu’Emmanuel Macron avait réussi à insuffler un élan d’optimisme suite à l’élection présidentielle, les Français n’ont plus le moral. On peut avoir des doutes sur le maintien du gouvernement actuel”, juge Daniel Gerino, fondateur de Carlton Sélection.

Les gens broient du noir

Alors que le mouvement des Gilets jaunes perdure dans l’Hexagone, le gouvernement “ne parvient pas à avoir un discours franc et direct et semble juste chercher à éviter que les gens descendent dans la rue”, relève Daniel Gerino. A l’international, l’image de la France s’est considérablement dégradée. “La dynamique est cassée : Paris ne pourra plus être capitale des capitaux sur le Vieux Continent”, se désole l’expert. Et en Italie, où la politique est jugée “pourrie et corrompue par les habitants”, les gens se disent “écoeurés”, tandis que le “chacun pour soi” s’installe, rapporte-t-il.

L’industrie mondiale bat de l’aile

La conjoncture se dégrade un peu partout sur la planète. A 51,5, l’estimation par JPMorgan du PMI manufacturier mondial pour décembre “est en baisse de 0,5 point sur un mois et retrouve ainsi les niveaux constatés à la mi-2016”, rapporte Hervé Goulletquer, stratégiste chez LBPAM. 2018 a été l’année la plus médiocre de toutes celles qui ont suivi la sortie de la Grande récession de 2008. “Nombre de pays ont enregistré le mois dernier un niveau de PMI manufacturier inférieur à 50 – dont la Chine, la France, l’Italie, la Corée, Taïwan et le Mexique. (…) La vigilance s’impose”, juge l’expert.

Aux Etats-Unis, l’indice des directeurs d’achats flanche…

Le PMI américain, contrairement aux PMI européens, avait résisté jusqu’à présent. “Ce n’est plus le cas. La baisse du PMI manufacturier est impressionnante, de 59,3 à 54,1, une baisse de 5,2 points. Si on exclut le plongeon post-Lehmann en octobre 2008, il s’agit de la plus forte baisse en 16 ans”, souligne Stéphane Déo.

Plus inquiétant, la composante la plus en anticipation, celle des carnets de commandes, a aussi énormément baissé – cédant 11 points à 51,1 – et se rapproche de la limite de 50 (niveau marquant la frontière entre croissance et contraction). Par ailleurs, “la différence entre le niveau des stocks et le niveau des commandes donne la tendance future.

Cet indicateur – un signal avancé de deux mois – donne actuellement un message très clairement négatif”, avertit l’expert. “Depuis 1970, aux Etats-Unis, quand il y a une chute d’au moins 5 points de l’indice ISM (autre indicateur avancé) manufacturier – comme c’est le cas actuellement -, 8 fois sur 10, cela a coïncidé avec un épisode de récession”, rapporte de son côté Nicolas Chéron, responsable recherche marchés pour Binck.fr.

… et celui des surprises économiques aussi !

L’indice américain de surprises économiques (qui indique dans quelle mesure les statistiques économiques publiées battent le consensus des anticipations des prévisionnistes – ou au contraire déçoivent) s’est nettement détérioré dernièrement, passant d’un niveau proche de 0 il y a un mois à -24 à la fin du mois de décembre, relève LBPAM.

La courbe des taux est en voie d’inversion aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les taux d’intérêt à 2 ans se rapprochent désormais des taux d’intérêt à 10 ans, l’écart entre les deux évoluant au plus bas depuis plus de dix ans. En décembre, la courbe des taux s’est déjà inversée sur plusieurs sections courtes, les rendements à deux et trois ans passant au-dessus du rendement à cinq ans. “C’est la première fois qu’une partie de la courbe des taux américains s’inverse depuis la crise financière de 2007-2009, à l’exception de la dette à très court terme”, rapporte Reuters. Or, une telle inversion est souvent considérée comme annonciatrice d’une récession économique…

Les entreprises américaines rachètent leurs propres actions à tour de bras

Les rachats d’actions des sociétés américaines ont inscrit de nouveaux records. “Un signe de fin de cycle”, note Nicolas Chéron. “Les entreprises américaines tendent à acheter leurs actions quand elles sont chères et refont la même erreur qu’en 2008. Les rachats d’actions se font au détriment de l’investissement productif et dénotent un manque d’imagination et de confiance en l’avenir”, souligne l’expert.

L’indice transport du Dow Jones sous-performe

Delta Air Lines vient de lancer un avertissement sur ses revenus futurs. “Il faut remettre cette information dans une perspective plus large : l’indice transport du Dow Jones, qui est souvent vu comme un indicateur avancé du cycle économique, a très fortement sous-performé sur le quatrième trimestre. La mise en garde de Delta s’inscrit donc dans un contexte plus large de problèmes affectant l’ensemble du secteur”, indique LBPAM.

“Croix de la mort” à Wall Street…

Du point de vue de l’analyse technique, une “croix de la mort” est apparue en décembre (moment où la moyenne des cours de clôture des 50 dernières séances a enfoncé la moyenne de long terme à 200 jours, qui s’est elle-même renversée à la baisse).

… où le mouvement baissier pourrait reprendre, après un rebond fragile

“La cassure des points bas du début d’année 2018 n’envoie pas un signal rassurant”, juge Andréa Tuéni, responsable sales trading chez Saxo Bank. L’indice S&P500 est parvenu à retracer 38,2% (un retracement de Fibonacci classique de mouvement) de la dernière baisse. Cependant, “la poursuite du rebond dans la durée semble plus compliquée et l’indice pourrait évoluer sans réelle tendance entre les 38,2% et les 50% de retracement, sans parvenir à franchir ce dernier niveau, laissant la porte ouverte à un nouveau mouvement baissier”, estime l’expert. Il juge que la récente cassure de la zone de 2.468-2.463 points laisse la porte ouverte à une correction plus sévère et un retour sur 2.254-2.242 points.

Des poids lourds lancent des avertissements sur bénéfices

Apple, Tesla… Les avertissements sur résultats se multiplient à Wall Street. Apple a massivement baissé ses prévisions de chiffre d’affaires et de bénéfices. La firme de Cupertino “ne parvient plus à vendre ses iPhone, beaucoup trop chers. A l’instar d’Apple, de nombreux géants de la cote sont en crise, et les analystes financiers revoient leur copie et leurs anticipations de bénéfices pour 2019”, souligne Eric Galiègue.>> A lire aussi – iPhone XS, XS MAX et XR : Apple devrait en produire beaucoup moins que prévu.

La lourde chute des GAFA en Bourse pourrait donner le coup d’envoi d’un krach

“Pendant la majeure partie de 2018, les GAFA ont tiré les indices actions de Wall Street dans une hausse en trompe l’oeil, où ces géants de la technologie ont pris le pas sur l’ensemble de la cote et ont vu leur capitalisation boursière devenir stratosphérique”, relève Nicolas Chéron. Or, “si les locomotives d’aujourd’hui deviennent les freins de demain, c’est l’ensemble des marchés actions qui pourrait cette fois chavirer”, met en garde l’expert. “Entre 2014 et (août) 2018, le poids des FAANGM (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google et Microsoft) était passe de 9% a 18% dans l’indice S&P500, baromètre des actions américaines. Or, quand le poids combine des geants de l’Internet des annees 2000 (Microsoft, Intel, Cisco, Oracle, Lucent et Dell) a atteint ce meme chiffre, ces sociétés ont vu leur poids refluer fortement, retombant à près de 8% un an plus tard”, relève l’expert. Une évolution qui s’était accompagnée d’une forte chute des Bourses mondiales. Dans ces conditions, le plongeon boursier vertical des GAFA ces derniers mois est inquiétant…

La volatilité s’envole

La volatilité des actions américaines – mesurée par le VIX – a flambé entre octobre et décembre 2018. Une telle évolution va de pair avec une envolée de l’aversion au risque et une chute des marchés d’actions.

Les taux d’intérêt grimpent pour les entreprises

Aux Etats-Unis et en Europe, l’écart de taux d’intérêt entre les obligations d’entreprises et les emprunts d’Etat traduit une inquiétude sur la capacité de remboursement à venir des sociétés, relève Eric Galiègue. En effet, quand le risque perçu augmente, les investisseurs exigent un surcroît de rémunération.

Le plongeon de Wall Street pourrait porter un coup à la consommation

De nombreux ménages américains détiennent des actions. Ainsi, avec la chute de Wall Street ces derniers mois – qui pourrait s’amplifier -, le risque est celui d’un “effet richesse” négatif massif, autrement dit d’un net appauvrissement des Américains, qui les inciterait à se serrer la ceinture, pesant ainsi sur la croissance économique.

Le populisme gagne du terrain

Les partis populistes marquent des points dans de nombreux pays – et pas des moindres. Donald Trump a été élu aux Etats-Unis, une coalition anti-système est à la manoeuvre en Italie et Bolsonaro – leader de l’extrême droite au Brésil – a gagné les élections présidentielles de la première économie d’Amérique latine. Et pour les élections européennes du printemps prochain, “une majorité relative pour l’extrême droite semble un scénario probable”, juge Véronique Riches-Flores. “L’euro est en danger”, estime de son côté Daniel Gerino.

La dette italienne inquiète

Depuis le printemps 2018, l’écart de taux d’intérêt à long terme entre l’Italie et l’Allemagne (la référence en Europe) s’est considérablement accru, alimentant les craintes sur la soutenabilité de la dette italienne. “Il faut dire qu’en cas de récession ou de quasi-récession, le pays percevra moins de recettes fiscales, donc les déficits publics vont enfler. La dette devra alors être restructurée”, avertit Eric Galiègue.

Le CAC40 a cassé des supports de long terme déterminants

“Après 20% de pertes de mai à décembre, le rebond actuel de l’indice parisien n’est qu’un classique pull back (ou reprise des cours en direction d’une résistance et ex-support, NDLR)”, relève à cet égard Robert Haddad (Banque SBA, Cfat). L’expert n’exclut toutefois pas que le CAC40 poursuive encore un peu sur sa lancée, du fait notamment de “la divergence haussière de l’histogramme du MACD, qui milite pour un retour vers 4.920 points et par extension vers la ligne de cou (les creux d’une vaste structure baissière dite en triple-sommet, NDLR), à 4.995 points”. Si cette résistance devait réussir à repousser l’assaut des acheteurs, “le CAC40 devrait replonger vers 4.607 et 4.411 points, et par extension vers 3.892 points, soit le creux majeur de février 2016, avec une chute de 19,35% à la clé”, met-il en garde.

Les petites valeurs ont bu la tasse

A partir du pic du 23 janvier 2018, les smallcaps (petites capitalisations boursières) ont perdu “jusqu’à 34% au plus bas, renouant avec leurs niveaux d’octobre 2016. Or, l’Histoire des crises montre que les petites valeurs constituent traditionnellement le premier pan de la cote à lâcher, avant que les moyennes et grandes valeurs leur emboîtent le pas, souligne Nicolas Chéron.>> Notre service – Investissez dans des sociétés innovantes

L’or remonte en flèche

Malmené jusqu’en août dernier, l’or a regagné près de 10% en l’espace de 5 mois, profitant en partie de son statut de valeur refuge. D’ailleurs, sur les cinq dernières années, quand les actions américaines ont chuté, le prix du métal jaune a grimpé dans 98% du temps”, souligne Adrian Ash, directeur de recherche chez BullionVault, plateforme d’échange de métaux précieux.

Le yen s’envole

Le yen – la devise du Japon, considérée comme une monnaie refuge – a connu une poussée de fièvre dernièrement, “En effet, dès qu’il y a un problème, tout le monde se réfugie dessus sur cette monnaie, le Japon étant un pays très créditeur sur le reste du monde”, explique Eric Galiègue. Les investisseurs internationaux ont confiance en la qualité de la signature nippone, car même si la dette publique est élevée, elle est essentiellement détenue par les Japonais.

Bond des cours des emprunts d’Etat américain et allemand

Les emprunts d’Etat de pays considérés comme “très sûrs”, comme les Etats-Unis et l’Allemagne, ont nettement reflué depuis le coup de torchon sur les marchés d’actions. L’obligation d’Etat allemande à 10 ans a vu son rendement tomber jusqu’à 0,15%, tandis que celle des Etats-Unis a reflué jusqu’à 2,55%.

En France, l’intérim – indicateur avancé – est en berne

Depuis plusieurs trimestres, les offres d’emploi en intérim battent de l’aile, relève Antoine Colson, directeur général de l’IPEM (événement dédié à l’investissement dans les sociétés non cotées, qui aura lieu du 22 au 24 janvier à Cannes). Or, “l’intérim constitue un traditionnel indicateur avancé sur l’évolution de la conjoncture. Par ailleurs, l’emploi dans la construction est en berne, ce qui constitue un autre signe inquiétant”, juge l’expert.

Les politiques monétaires des grandes banques centrales se sont nettement durcies, surtout aux Etats-Unis

Les plus grandes banques centrales de la planète (Europe, Etats-Unis, Japon et Royaume-Uni) ont cessé – en cumul – de soutenir les marchés, relève Nicolas Chéron. La BCE vient d’arrêter son QE (programme de rachats d’actifs massifs), tandis que la Réserve fédérale (ou Fed, banque centrale des Etats-Unis) est déjà bien avancée dans son cycle de relèvement du taux directeur. Une remontée qui a déjà des effets tangibles sur la consommation d’automobiles et la construction – les mises en chantier de logements (en gris sur l’illustration) et les permis de construire (en vert) – aux Etats-Unis. “Un signe de fin de cycle”, relève ainsi Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d’investissement chez la société de gestion genevoise Pictet Asset Management. D’où l’idée que le rythme de l’expansion américaine a déjà atteint son pic, et qu’elle devrait ralentir en 2019, pesant ainsi sur la croissance mondiale. “La croissance économique réelle – structurelle – diminue de façon séculaire, en raison du vieillissement de la population, de la montée de la dette et de la montée en puissance des nouvelles technologies, si bien que la moindre hausse des taux peut la faire dérailler”, relève Eric Galiègue.

“Un château de cartes s’est créé”… et il commence à fléchir

Jusqu’à récemment, la bonne santé “relativement artificielle de l’économie américaine (du fait notamment de la réforme fiscale d’envergure de Donald Trump, NDLR) a incité la Fed à durcir sa politique monétaire, avec un impact négatif à la clé sur la croissance et les niveaux de valorisation des marchés. Alors que les actions sont encore chères – notamment à Wall Street -, la capacité des marchés à absorber une hausse des taux est limitée. Et inversement, stopper la hausse des taux traduirait un ralentissement de la croissance”, relève Véronique Riches-Flores. Après de longues années d’abondance des liquidités, un château de cartes s’était créé, qui s’est fissuré ces derniers mois, sur fond de désengagements massifs des investisseurs sur toutes les classes d’actifs : actions, obligations…>

Le danger des taxes à l’importation

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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