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La France dans l’espace, Aster X

Création d'une force militaire spaciale

AsterX : La France entame le premier exercice militaire dans l’espace

Le commandement spatial français (CDE), créé en 2019, a lancé son premier exercice militaire dans l’espace, baptisé ASTERX. Le nom est une référence au premier satellite français à avoir été mis en orbite en novembre 1965, et un clin d’œil au célèbre guerrier gaulois Astérix représenté en bande dessinée. Organisée du 8 au 12 mars, elle est une “première pour les armées françaises et même la première en Europe”, selon le général Michel Friedling, commandant du CDE. La toute nouvelle US Space Force et le centre allemand de surveillance de l’espace participent également à cet exercice.

Pour comprendre les besoins futurs du CDE, l’exercice vise à évaluer la capacité actuelle de la France à protéger ses actifs spatiaux et à surveiller un espace de plus en plus militarisé. Pour ce faire, une série de scénarios ont été créés dans lesquels un pays disposant de capacités spatiales attaquerait un autre pays sous protection française. Parmi les situations étudiées, on trouve la surveillance d’une rentrée planifiée d’un objet spatial dans l’atmosphère, des tirs d’armes antisatellites ou encore l’approche d’un satellite à des fins d’espionnage.

Renforcer la présence de la France dans l’espace

Le Commandement spatial français a été créé le 13 juillet 2019 pour faire face à deux menaces émergentes. D’une part, les opérations militaires et civiles dépendent de plus en plus des capacités spatiales, tandis que les menaces sur leur intégrité se développent également en parallèle. D’autre part, l’industrie spatiale et l’avance technologique de la France sont remises en cause par le développement récent du secteur privé – le NewSpace.

La France a choisi de consacrer près de 5 milliards d’euros d’ici 2025 au développement de ses capacités spatiales. Un nouveau centre opérationnel est en cours de construction à Toulouse, regroupant son centre militaire d’observation des satellites (CMOS), et le centre de surveillance militaire des objets spatiaux (COSMOS), unique en Europe, qui surveille en permanence plus de 10 000 objets spatiaux en orbite.

D’ici la fin de la décennie, le ministère français des Armées espère développer de nouvelles capacités, spécifiquement dans le domaine de la protection des satellites. En 2017, le ministère a signalé que le “satellite espion” russe Louch-Olympe a tenté de s’approcher du satellite militaire franco-italien Athena-Fidus. Pour contrer ces menaces, le CDE pourrait se doter de satellites de patrouille équipés de caméras et de lasers puissants pour tenir à distance les engins spatiaux trop curieux. Un démonstrateur, baptisé Yoda, devrait être lancé d’ici 2023.

La France va créer sa propre force spatiale

Un jour avant les célébrations nationales du 14 juillet, le président français Emmanuel Macron a annoncé la création d’un commandement spatial au sein de l’armée de l’air française, qui devrait finalement être établi en tant que Force aérienne et spatiale.

Macron a prononcé un discours devant les forces armées dans les bureaux du ministère des Armées. Après avoir réaffirmé la volonté de voir davantage de coopération européenne dans le secteur de la défense, il a présenté la nouvelle stratégie spatiale de la France :

La nouvelle doctrine spatiale militaire, qui m’a été proposée par le ministre et que j’ai approuvée, assurera notre défense de l’espace et depuis l’espace. Nous allons renforcer notre connaissance de la situation spatiale, nous allons mieux et activement protéger nos satellites. Et pour donner corps à cette doctrine, pour assurer le développement et le renforcement de nos capacités spatiales, un grand commandement spatial sera créé en septembre prochain dans l’armée de l’air. Il deviendra à terme la Force aérienne et spatiale.

L’armée de l’air française dispose déjà d’un centre de surveillance militaire des objets spatiaux (COSMOS), unique en Europe, sur la base aérienne de Lyon-Mont Verdun. Quant au nouveau commandement spatial, il devrait s’appuyer sur l’actuel commandement interarmées de l’espace créé en 2010 qui élabore et met en œuvre actuellement la politique spatiale militaire du ministère français des Armées.

Le changement de stratégie spatiale fait écho à un rapport publié par deux membres du Parlement français en janvier 2019, qui mettait en garde contre les menaces émergentes pour les actifs spatiaux de la France. Le document pointait du doigt deux problèmes principaux auxquels le pays pourrait être confronté dans un avenir proche. D’une part, les opérations militaires et civiles dépendent de plus en plus des capacités spatiales, tandis que les menaces sur leur intégrité se développent également en parallèle. D’autre part, l’industrie spatiale et l’avance technologique de la France sont remises en question par le développement récent du secteur privé – le NewSpace.

La création d’un commandement spatial au sein de l’armée de l’air semble donc logique, la France souhaitant adopter une stratégie plus “offensive”. Et cette nouvelle doctrine est déjà à l’œuvre. L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a récemment révélé dans une interview à Challenges qu’il travaillait sur une arme laser antisatellite capable “d’endommager les panneaux solaires d’un satellite ennemi, ou de pénétrer à travers sa lentille et de l’aveugler”.

La France suit les pas des États-Unis. Le 19 février 2019, le président américain a signé la directive 4 sur la politique spatiale, qui charge le Pentagone d’élaborer une proposition législative visant à créer une force spatiale américaine en tant que sixième branche des forces armées américaines. La directive citait les capacités spatiales croissantes de ses “adversaires potentiels”.

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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