Vie au quotidien

Parlons de génération sacrifiée …

Ce que j'en pense moi ...

Lors de différents discours à la télévision, les élus parlent du « terribles sacrifices de nos jeunes et nos étudiants » face à la situation vécue par les plus jeunes dans toutes le France touchées par le couvre-feu.

De nombreux journaux se sont fait l’écho de cette déclaration du président de la République, intitulée :
– L’Opinion : Pandémie : le procès de la « génération sacrifiée » »,
– La Tribune : « Coronavirus : les jeunes se voient comme la génération sacrifiée de la crise ».
– Le Parisien : a choisi l’angle de la consternation chez les jeunes, qui selon le quotidien sont déterminés à ne pas laisser le couvre-feu gâcher leurs soirées étudiantes …
– Libération : dernière a décidé de consacrer sa une aux effets du couvre-feu, avec une pointe de désespoir, en classant les jeunes comme les premières victimes de ce durcissement des règles de la vie sociale.

Face à ce nouveau concept de « génération sacrifiée« , repris et repris par les médias et les réseaux sociaux, et qui aura sans doute été le buzz de la semaine, j’aimerai que nous prenions le temps de poser les bonnes questions et de relativiser les rôles attribués dans cette histoire aux jeunes : victimes expiatoires, c’est à dire une personne qui est sacrifiée pour expier une faute collective ou juste des acteurs potentiels.

C’est difficile pour les jeunes mais ils ne sont pas les seuls à souffrir,
loin de là …

Pensons à tous ces restaurateurs ou autres entrepreneurs qui sont sur le point de faire faillite et de voir l’œuvre de toute une vie ruinée, sans espoir de pouvoir recommencer, ou à tous les professionnels du secteur culturel et de l’événementiel dont les activités seront paralysées pour la deuxième fois dans quelques mois.

Pensons à ces personnes âgées malades qui se disent qu’elles vont mourir sans être sorties ou sans avoir vu leur famille : qui souffre le plus, un jeune qui ne peut pas aller boire une bière après le travail ou une personne âgée qui meurt isolée dans sa maison de retraite ?

Sans même aller jusque-là, il n’y a pas que les jeunes qui aiment sortir et s’amuser, et pensons à ces grands-parents qui vivent seuls et attendent avec impatience les vacances scolaires pour accueillir leurs petits-enfants et qui ne pourront pas le faire à cause des mesures de protection.

Enfin quand on ose parler de génération sacrifiée, pensons aux jeunes qui avaient 18 ans ou plus en 1914, pensons à ceux qui se sont mobilisés en 1938, qui sont sortis des camps de prisonniers allemands en 1945, rappelons aussi le sort de ceux qui ont fait 36 mois de service militaire en Algérie entre 1956 et 1962.


Considérer que Covid-19 ne concerne pas les jeunes et qu’il s’agit d’un problème de « vieux » est d’ailleurs faux pour au moins 4 raisons :

David SCHMIDT :

  • Parmi les jeunes infectés, certains ne sont pas asymptomatiques et souffrent beaucoup pendant et après leur convalescence : nombreux sont ceux qui, 6 mois après avoir été touchés, n’ont toujours pas retrouvé leurs sens du goût et de l’odorat.
  • Si les hôpitaux sont pleins de personnes âgées atteintes de Covid-19, il n’y aura plus de lits pour accueillir d’autres patients. Les opérations seront retardées et les maladies ordinaires moins bien traitées, c’est ce qui s’est passé lors du confinement pour les traitements de longue durée mais il y a aussi des urgences en dehors de Covid-19, des accidents, des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux … qui touchent toutes les générations sans distinction.
  • Il n’y aura pas de reprise sérieuse et durable des activités économiques tant que l’épidémie se poursuivra de manière incontrôlée, donc pas de réduction du chômage des jeunes tant que nous n’aurons pas repris le contrôle de la situation sanitaire.
  • Si la chaîne des contaminations n’est pas rapidement réduite, le moment viendra où il faudra fermer les écoles et les universités avec toutes les conséquences désastreuses que cela pourrait avoir pour le développement intellectuel et social des personnes concernées. Après la pause de 3 mois au printemps dernier, on parlerait alors à juste titre d’une génération sacrifiée ; de façon durable et peut-être même irréversible.

Pour pouvoir continuer à boire des bières entre amis le soir, faut-il prendre ce risque ?

Il est dans l’intérêt de tous que l’épidémie s’arrête et, pour cela, chacun doit faire un effort, nous devons accepter de réduire pour un temps la vie sociale, et en particulier ses formes les plus dangereuses en termes de contamination. Et de ce point de vue, il n’est pas nécessaire d’être médecin pour comprendre que, contrairement à ce que nous disent les médias, nous risquons moins dans les transports publics, où presque tout le monde porte un masque et où personne ne se parle, que d’être assis pendant plusieurs heures dans un café à un mètre de distance les uns des autres et sans masque, à parler fort à cause du bruit ambiant. Et il est clair qu’il est plus facile de contrôler les risques dans l’entreprise, en s’organisant collectivement sous la responsabilité des entreprises, que dans une réunion de famille.

En bref, il est temps pour les médias et tous ceux à qui ils s’adressent de mettre les problèmes en perspective, de les contextualiser, au lieu d’aller là où le vent souffle. Et d’admettre que sans un minimum de solidarité collective, et en particulier intergénérationnelle, il n’y a pas de vie possible en société.

Fuck le Corona !
David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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