Monde

La France devient le nouvel ennemi du terrorisme

Ces prochaines années seront sous l'emprise d'une guerre.

Attentats d’Al-Qaïda et de l’État islamique (2012-présent)

Chaque attentat désoriente un peu plus le pays et les démocraties qui, si elles n’y prennent garde, pourraient jouer le jeu des ennemis.

Depuis 2012, la France est frappée par une vague d’attentats d’une ampleur sans précédents, qui est initiée par les Attentats de mars 2012 en France. Cette vague intervient dans un contexte géopolitique changeant, avec le printemps arabe qui commence en 2011, un atlantisme plus marqué avec la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2007 et un interventionnisme plus marqué dans les guerres civiles libyenne (2011 et depuis 2014), dans la guerre du Mali (depuis 2012) et la guerre civile syrienne (depuis 2011).

Le lobbyisme «post-attentat» exerce un chantage clair:
Soit vous acceptez de renoncer à vos droits, soit la France continuera d’être frappée.

Il est frappant que chaque attentat donne lieu chez une partie de la classe politique, principalement à l’extrême droite mais aussi dans la droite dite «républicaine», à un appel continuel au recul de l’État de droit. Comme si le combat contre le terrorisme devait inévitablement passer par un renoncement à nos principes. Ce lobbyisme «post-attentat» exerce un chantage clair: soit vous acceptez de renoncer à vos droits, soit la France continuera d’être frappée.

L’élément déterminant de cette nouvelle figure de l’ennemi était donc son caractère idéologique, en avançant le paradigme du « choc des civilisations », une ligne de fracture civilisationnelle (l’ennemi ici l’islam, exclusivement l’islamisme, exclusivement même le terrorisme islamiste), la potentialité terroriste comme telle, ainsi que l’imprévisibilité, le refus de l’intégration, le non-respect de la république.

La grande nouveauté historique de cette détermination, c’est que le terroriste devienne la quintessence, la figure centrale, par excellence, de l’ennemi, qu’un « ordre » international se structure autour de, contre lui, si bien que la guerre conventionnelle passe au second plan, ou qu’elle est mise au service de cette lutte-là : ce sera la « guerre contre le terrorisme », après le 11 Septembre.

Recul de l’État de droit

Pour comprendre cette possible défaite qui s’annonce, il faut revenir sur l’objectif des attentats de groupes se revendiquant djihadistes, notamment l’organisation État islamique (EI).

Une vision répandue veut que l’objectif du groupe soit de faire renoncer la France à sa participation à la coalition en Irak et en Syrie, voire au Mali. Il n’est bien sûr pas contestable que les décisions occidentales n’ont pas toujours été fondées sur des motifs solides et que ces interventions à l’étranger peuvent servir à justifier le passage à l’acte de terroristes et la barbarie qui l’accompagne. Néanmoins, en faire le motif principal du terrorisme djihadiste, depuis que celui-ci frappe le monde occidental, est une erreur.

En un sens, il s’agit là d’un renversement des catégories traditionnelles et de la hiérarchisation qui faisait de la guerre l’affaire véritablement « sérieuse », engageant l’Histoire et les relations entre États, mettant en jeu les armées régulières de nations entières, incommensurable au terrorisme, type d’hostilité subalterne, groupusculaire, fruit de réseaux d’individus éventuellement manipulés par des puissances.

Contrairement aux attentats et tentatives de 2015, les terroristes attaquent avec des armes rudimentaires avec un réseau faible. Aux projets planifiés par l’EI depuis la zone syro-irakienne, mis en œuvre par des djihadistes aguerris ont succédé principalement des attaques simplement inspirées et recourant à des acteurs isolés.

Auditionné par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale le 14 février 2017, Patrick Calvar, alors responsable de la Direction générale de la Sécurité intérieure confirme cet état de fait : « Plusieurs affaires nous ont démontré que les candidats à l’action violente sont nombreux, mais qu’ils se heurtent à des problèmes logistiques, en particulier pour acquérir des armes».

Petit rappel sur une certaine chronologie

A partir des années 2000

8 octobre 2004 : une bombe explose devant l’ambassade d’Indonésie à Paris et fait dix blessés. Le Front islamique français armé revendique l’attentat8.
décembre 2008 : interpellation en France et en Belgique d’individus islamistes, considérés comme proches d’Al-Qaïda.
16 décembre 2008 : un groupe inconnu, le Front révolutionnaire afghan, informe les autorités après avoir déposé des bâtons de dynamite (sans détonateurs) au Printemps à Paris.
20 décembre 2008 : arrestation à Paris de Rany Arnaud, 29 ans, un islamiste isolé soupçonné d’avoir voulu faire sauter le bâtiment de la DCRI.

A partir des années 2010
2012

En mars 2012, tueries à Toulouse et Montauban faisant sept morts dont trois enfants et six blessés.
11 mars : Mohammed Merah assassine un militaire à Toulouse
15 mars : Mohammed Merah assassine deux militaires et en blesse un autre à Montauban
19 mars : Mohammed Merah assassine quatre personnes devant une école juive de Toulouse. Il est abattu le 22 mars par le RAID.
19 septembre 2012 : Jérémie Louis Sidney et Jérémie Bailly, membres de la cellule Cannes-Torcy, blessent une personne en lançant une grenade dans un épicerie juive de Sarcelles

2013

Le 25 mai 2013, un extrémiste islamiste armé d’un couteau attaque et blesse un militaire français dans l’attentat de 2013 à La Défense.

2014

Le 20 décembre 2014, attaque contre un commissariat de Joué-lès-Tours. Un homme criant « Allahu akbar » attaque un poste de police avec un couteau. Il blesse trois policiers avant d’être abattu.

Le 21 décembre 2014, attaque de Dijon. Un homme souffrant de troubles psychiatrique fait une attaque à la voiture-bélier, criant selon les témoins « Allahu akbar ». Treize personnes sont blessées, dont 2 grièvement. Le procureur de Dijon exclut l’acte terroriste15, mais plusieurs observateurs, comme The Times16, le Financial Times, The Globe and Mail et l’universitaire David C. Rapoport, considèrent qu’il s’agit d’une attaque islamiste.

Le 22 décembre 2014, attaque de Nantes. Sébastien Sarron, souffrant de troubles psychiatrique, fait une attaque à la voiture-bélier, criant selon les témoins « Allahu akbar ». Neuf personnes sont blessées et un homme meurt. Le procureur de Nantes exclut l’acte terroriste (ce que pense également le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve), mais plusieurs observateurs, comme le Financial Times, The Globe and Mail et l’universitaire David C. Rapoport, considèrent qu’il s’agit d’une attaque islamiste.

2015

Du 7 au 9 janvier 2015, attentats en France. Une série d’attaques terroristes islamistes qui se déroule entre les 7 et 9 janvier 2015 en France, visant le comité de rédaction du journal Charlie Hebdo (voir Attentat contre Charlie Hebdo), des policiers (notamment Clarissa Jean-Philippe) et des Français de confession juive fréquentant une supérette cacher (voir Prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes). Dix-sept personnes sont assassinées et vingt sont blessées ; les trois terroristes sont abattus par les forces de l’ordre le 9 janvier.

Le 3 février 2015
, trois militaires en faction devant un centre communautaire juif à Nice sont agressés au couteau par Moussa Coulibaly, demeurant à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il exprime en garde à vue sa haine de la France, de la police, des militaires et des Juifs.

Le 19 avril 2015
, affaire Sid Ahmed Ghlam. Une femme de 32 ans (Aurélie Châtelain) est assassinée par un étudiant algérien de 24 ans qui prévoyait un attentat dans une église de Villejuif, le projet de ce dernier ayant été déjoué peu de temps après.

Le 26 juin 2015
, attentat de Saint-Quentin-Fallavier en Isère, 1 mort décapité (Hervé Cornara, 55 ans) et 2 blessés. Brandissant un drapeau islamiste, un homme conduit son véhicule contre des bonbonnes de gaz stockées dans la cour de la filiale française du groupe américain Air Products.

Le 21 août 2015
, attentat du train Thalys sur la ligne reliant Amsterdam à Paris, mené par un ressortissant marocain Ayoub El Khazzani, proche de l’islamisme radical et déjoué par plusieurs passagers, on compte 3 blessés.

Le 13 novembre 2015, une série de sept attaques, à Paris et en Seine-Saint-Denis, perpétrée par au moins dix terroristes avec au moins une vingtaine de complices, provoque la mort de 131 personnes et fait 413 blessés, dont 99 dans un état très grave. Les tueries sont revendiquées par l’État islamique.

2016

Le 7 janvier 2016, un islamiste marocain portant une fausse ceinture explosif attaque des policiers à l’aide d’un couperet à viande ; il est abattu. Il s’agit d’un ressortissant marocain né en 1995 à Casablanca, mis en cause pour vol en 2013.

Le 11 janvier 2016, un adolescent turc âgé de 15 ans agresse à la machette un enseignant juif portant une kippa. Le blessé parvient à se défendre en parant les coups avec un exemplaire de la Torah. L’auteur dit avoir agi « au nom d’Allah » et de l’organisation État islamique. En mars 2017, l’agresseur est condamné à sept ans de prison et cinq ans de suivi socio-judiciaire dans ce qui est le premier procès terroriste criminel devant le tribunal pour enfants de Paris.

Le 13 juin 2016, double meurtre à Magnanville. Un commandant de police et sa compagne, fonctionnaire du ministère de l’intérieur (Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider), sont assassinés devant leur domicile à Magnanville par Larossi Abballa. L’attentat est revendiqué par l’organisation État islamique.

Le 14 juillet 2016 à Nice, le jour de la fête nationale, un Tunisien, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, fonce dans la foule venue voir le feu d’artifice au volant d’un camion sur la promenade des Anglais, tuant 86 personnes et en blessant 458, avant d’être abattu par les forces de l’ordre. L’État islamique revendique cet acte32.

Le 26 juillet 2016, lors d’une messe, deux islamistes munis d’armes blanches prennent en otage plusieurs personnes dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Le curé de la paroisse, le Père Hamel, est égorgé, et un paroissien est blessé. Les deux terroristes sont abattus par les forces de l’ordre, l’un d’eux, Adel Kermiche, était fiché S. Selon le Président de la République, « les deux terroristes se réclament de Daesh ». L’attentat est revendiqué via Amaq, l’agence de presse de l’État islamique.

Le 4 septembre 2016, Bilal Taghi, détenu franco-marocain, purgeant une peine de cinq ans de prison pour avoir tenté d’aller faire le jihad en Syrie, blesse grièvement 2 surveillants, aidé par plusieurs complices.

Le 4 septembre 2016, une tentative avortée d’attentat terroriste a lieu devant Notre-Dame de Paris à l’aide d’une voiture piégée par un commando de trois femmes, commanditées par Daesh.

2017

Le 3 février 2017, attaque contre des militaires au Carrousel du Louvre à Paris fait deux blessés.

Le 18 mars 2017, un homme s’empare de l’arme d’une militaire à Orly avant d’être abattu. Même s’il a affirmé au moment de son geste vouloir « mourir par Allah » et a été signalé pour « radicalisation » lors d’un séjour en prison en 2011-2012, ses motivations restent floues (il ne souhaitait plus retourner en prison) et le lien avec le terrorisme islamiste non démontré.

Le 20 avril 2017, un homme ouvre le feu à l’arme automatique sur des policiers le long de l’avenue des Champs-Élysées, vers 21 heures, L’un d’entre eux est tué pendant l’attaque, deux autres ainsi qu’une passante sont blessés. L’assaillant est abattu et l’État islamique revendique l’attaque dans la soirée.

Le 6 juin 2017, un homme attaque avec un marteau un policier et le blesse légèrement devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les policiers répliquent et le blessent. L’assaillant, Farid Ikken, un Algérien de quarante ans, ancien journaliste disposant d’un visa étudiant, se déclare « soldat du califat ».

Le 19 juin 2017, un homme armé percute un fourgon de la Gendarmerie sur les Champs-Élysées43. Aucun mort n’est à déplorer, excepté l’assaillant, Adam Djaziri un fiché S. Le 13 juillet, l’État islamique revendique l’attaque.

Le 9 août 2017, attaque à la voiture bélier qui blesse six militaires à Levallois-Perret en région parisienne.

Le 15 septembre 2017, un homme armé d’un couteau attaque un militaire en patrouille à la station de métro Châtelet à Paris. L’auteur tient des propos faisant référence à Allah : « Allah akbar, vous êtes des mécréants ».

Le 1er octobre 2017, un Tunisien en situation irrégulière connu pour différents crimes égorge deux jeunes femmes dans la gare Saint-Charles à Marseille avant d’être abattu par les des militaires de l’opération Sentinelle. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.

2018

Le 11 janvier 2018, un détenu au passé terroriste, attaque au couteau des surveillants, faisant quatre blessés, à la prison de Vendin-le-Vieil.

Le 23 mars 2018, un homme tue quatre personnes dont Arnaud Beltrame, lors d’attaques et une prise d’otage dans un supermarché dans l’Aude, à Carcassonne et Trèbes. L’homme, qui est par la suite abattu, est un Franco-Marocain se réclamant de l’État islamique, qui revendique l’attentat le jour même.

Le 12 mai 2018 à Paris, vers 21 h un individu attaque à l’arme blanche des passants en criant « Allah Akbar », il tue une personne, en blesse quatre autres dont deux gravement, il se dirige ensuite vers une patrouille de police qui décide de l’abattre. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.

Le 11 décembre 2018 dans la soirée, à proximité du marché de Noël de Strasbourg, un homme déambule dans les rues du centre-ville, tue cinq passants et en blesse une dizaine d’autres. L’assaillant, un Franco-Algérien de 29 ans, est abattu le 13 décembre à Strasbourg par la police. L’attaque est revendiquée par l’État islamique.

2019

Le 5 mars 2019, Attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe, trois personnes, dont un terroriste, sont blessées et un terroriste est mort lorsque deux surveillants pénitentiaires sont attaqués au couteau en céramique. L’auteur a prêté allégeance à l’État islamique.

Le 24 mai 2019, attentat de la rue Victor-Hugo de Lyon, quatorze blessés. L’auteur reconnaît avoir prêté allégeance à l’État islamique.

Le 3 octobre 2019, attentat de la préfecture de police de Paris, quatre policiers ont été tués dans une agression au couteau de cuisine à la préfecture de police de paris par un individu qui y travaillait. Il était converti à l’islam depuis 2008, le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’affaire. En février 2020, les enquêteurs confirment la piste terroriste.

Années 2020
2020

Le 3 janvier 2020, dans le parc des Hautes-Bruyères à Villejuif, un jeune homme de 22 ans, attaque à l’arme blanche des passants, en répétant « Allah Akbar », tuant un homme et blessant gravement deux femmes. L’individu sera par la suite neutralisé par une patrouille de policiers. Le jeune homme récemment converti à l’islam a perpétré cette attaque d’une « extrême violence » avec une « extrême détermination », selon les déclarations du Parquet national antiterroriste qui s’est saisit de l’affaire.

Le 5 janvier 2020, un individu connu de la DGSI et fiché S, armé d’un couteau et criant « Allah Akbar », est interpellé à Metz après avoir tenté d’agresser des policiers. La section antiterroriste ne s’est pas saisie de l’enquête.

Le 4 avril 2020, à Romans-sur-Isère , un réfugié soudanais, Abdallah Ahmed-Osman, crie « Allah Akbar », tue au couteau deux passants et en blesse cinq autres, leur demandant s’ils sont de confession musulmane.

Le lundi 27 avril 2020, en fin d’après-midi à Colombes (Hauts-de-Seine), le conducteur d’une voiture a percuté volontairement deux motards de la police à vive allure, les blessant gravement. L’auteur a fait allégeance à l’État islamique.

Le vendredi 25 septembre 2020, deux personnes sont grièvement blessées à l’arme blanche près des anciens locaux du journal Charlie Hebdo. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Selon l’AFP citant des sources concordantes, l’assaillant de nationalité pakistanaise assurait « assumer son acte qu’il situe dans le contexte de la republication des caricatures (de Charlie Hebdo, ndlr) qu’il n’a pas supportée ».

Le 16 octobre 2020, un enseignant, Samuel Paty, est décapité devant un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), car il a montré lors d’un cours sur la liberté d’expression les caricatures de Mahomet. Son assassin présumé (islamiste de nationalité russe) est abattu par la police dans la ville voisine d’Éragny (Val-d’Oise).

Le 29 octobre, un Tunisien tue trois personnes et en blesse plusieurs autres dans la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption de Nice avant d’être arrêté par la police.

2021

Le 23 avril 2021, un Tunisien nommé Jamel Garchène tue une fonctionnaire de police, Stéphanie Monfermé, au commissariat de Rambouillet avant d’être abattu par la police.

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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