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L’augmentation des attaques anti-asiatiques

Accusés d'être responsable de la pandémie de COVID-19

L’augmentation des attaques anti-asiatiques pendant la pandémie de COVID-19;

Ce qui se passe dans le monde :

En Amérique : Depuis l’émergence de l’épidémie de Covid-19, les agressions contre les personnes asiatiques se multiplient. Entre insultes en ligne, menaces physiques ou remarques désobligeantes, elles ne se sentent plus en sécurité. Un phénomène global qui touche la France. Analyse.

Un phénomène qui s’amplifie. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les ressortissants asiatiques sont la cible d’agressions dans le monde entier. Dernier cas en date à New York, où une femme a été rouée de coups dans la rue, explique le New York Post dans un article publié le 29 mars. Selon les enquêteurs, cette agression revêt un caractère raciste. L’unité des crimes haineux de la police de New York a d’ailleurs enregistré une augmentation de 1.300% des crimes racistes contre les Américains d’origine asiatique depuis le début de la pandémie.

Tracy Wong porte un masque facial et tient une pancarte alors qu’il participe à un rassemblement pour sensibiliser à la violence anti-asiatique, près de Chinatown à Los Angeles, en Californie.

Dans le sillage de la pandémie de coronavirus, les attaques violentes et le harcèlement à l’encontre des Américains d’origine asiatique ont connu un pic.

L’organisation Stop AAPI Hate suit les signalements de violence à l’encontre des communautés asiatiques américaines et insulaires du Pacifique. Depuis le début de la pandémie, plus de 2 800 incidents haineux ont été signalés aux États-Unis.

Les crimes haineux contre les Américains d’origine asiatique dans 16 villes ont augmenté de 150 % en 2020, selon un rapport récent du Centre d’étude de la haine et de l’extrémisme de l’université d’État de Californie à San Bernardino. Ces incidents vont d’attaques violentes et d’abus verbaux à la vandalisation d’entreprises appartenant à des Asiatiques.

Les défenseurs des droits de l’homme attribuent cette vague de violence en partie à la rhétorique xénophobe qui établit un lien entre la pandémie de COVID-19 et les Américains d’origine asiatique, notamment l’habitude de l’ancien président Donald Trump de rejeter la responsabilité du virus sur la Chine.

Mais le racisme anti-asiatique n’est pas nouveau. Des siècles de racisme anti-asiatique aux États-Unis ont conduit à ce moment.

Qu’est-ce qui se cache derrière la montée des attaques anti-asiatiques ?
Et que peut nous apprendre notre passé sur la lutte pour se sentir en sécurité ?

Une haine globale

Autant d’incidents qui ont poussé BTS, célèbre groupe de K-Pop (pop coréenne), à publier une lettre sur les réseaux sociaux afin de soutenir le mouvement Stop Asian Hate, né suite à la recrudescence d’actes xénophobes aux États-Unis. «Nous sommes en deuil et en colère. En tant qu’Asiatiques, nous avons aussi été victimes de racisme. Nous avons été la cible d’insultes et de moqueries en raison de notre apparence. On nous a même demandé pourquoi des Asiatiques parlaient anglais», ont témoigné les membres du groupe.

ET en France …

Si la situation est préoccupante outre-Atlantique, la France n’est pas en reste. Sur la Côte d’Azur, certains ressortissants de l’empire du Milieu ont décidé de quitter la région par peur de représailles, a affirmé Manqi Yu, président de l’association de la communauté chinoise de la Côte d’Azur, à CNEWS.

«Nous sommes régulièrement victimes d’intimidations sur les réseaux sociaux […] Des compatriotes ont même reçu des menaces d’agressions physiques», a-t-il déploré.

La pandémie du Covid-19 est venue replacer le racisme anti-asiatique dans le débat public. Aux titres de journaux racoleurs, se sont ajoutés des vexations du quotidien mais aussi des appels à « frapper chaque Chinois » sur les réseaux sociaux.

En août 2016, le meurtre d’un couturier chinois à Aubervilliers provoquait des manifestations massives de la communauté asiatique de France. Ce drame avait mis en lumière les agressions physiques, mais aussi le racisme du quotidien subi par une population jugée « discrète, travailleuse et communautariste ». Cette mobilisation, faisant écho à celle de 2010, a permis de donner une visibilité associative, médiatique et politique, à une communauté parfois oubliée des luttes anti-racistes des dernières décennies. Quatre ans plus tard, la pandémie du Covid-19 est venue replacer le racisme anti-asiatique dans le débat public. Aux titres de journaux racoleurs, se sont ajoutés des vexations du quotidien mais aussi des appels à « frapper chaque Chinois » sur les réseaux sociaux.

Cette conférence analyse les spécificités du racisme anti-asiatique en France et de cerner ses racines historiques, politiques et sociales. Nos intervenants, jeunes associatifs, journalistes et chercheurs, débattront également des moyens d’action pour faire avancer la lutte contre le racisme et les préjugés anti-asiatiques.

Chaolin Zhang décédait des suites de ses blessures, victime d’une tentative de vol. A Aubervilliers, 105 individus d’origine chinoise se sont fait agresser depuis janvier. Rui Wang dénonce un racisme latent, diffus, en France, qui s’est mu ces dernières années en racisme violent.

La communauté chinoise se mobilise depuis 2010 pour dénoncer l’insécurité et les violences dont elle est la cible.

Notons que la LICRA avait déjà publié un communiqué s’inquiétant de la montée du racisme anti-asiatique.

Les prostituées chinoises, surnommées, les « marcheuses de Belleville », se mobilisaient aussi pour dénoncer les insultes et les humiliations de certains policiers. Elles sont bien souvent pestiférées, aussi, dans leur propre communauté. Une émanation de Médecins du Monde, Lotus Bus œuvre pour assurer premiers soins et accompagnement aux victimes de violences, elles bénéficient aussi du soutien du STRASS (Syndicat des Travailleurs/euses sexuels/lles , et certaines se sont constituées en association – Les Roses d’Acier – afin de dénoncer, et mettre au fin, au harcèlement qu’elles subissent.

Jacques Sun, président du CRAAF (Conseil Représentatif des Associations Asiatiques), estime, dans l’absolu, que la crise sanitaire accentue la violence dans la société. Selon lui, elle n’est donc pas uniquement dirigée contre la communauté franco-asiatique. Optimiste, il espère qu’avec «les mesures prises par le gouvernement», la situation épidémiologique s’améliorera et, de ce fait, permettra de faire redescendre les tensions générées par le Covid-19.

En outre, Jacques Sun rappelle qu’il faut absolument s’attaquer à haine en ligne notamment sur les réseaux sociaux. Pour ce faire, il appelle de ses vœux à une réaction législative du gouvernement.

«La viralité de ce genre de provocation à la haine est incroyable. Je pense que le gouvernement va prendre des mesures contre la circulation de la haine en ligne, que ce soit pour la communauté asiatique, mais également pour les autres», plaide le président du CRAAF.

Le procès de cinq étudiants s’est d’ailleurs ouvert le 23 mars dernier au tribunal judiciaire de Paris après une campagne de haine sur Twitter et d’appels au meurtre lancée en octobre dernier. Parmi les messages incriminés, certains sont d’une rare violence: «J’appelle tous les renois et rebeus de France à agresser chaque Chinois qu’ils croiseront dans la rue», ou encore «Hitler aurait dû tuer les Chinois, pas les juifs.»

John Sifton, directeur de la division Asie de Human Rights Watch, a lancé un plaidoyer en direction des autorités des pays touchés par cette violence:

«Les gouvernements devraient agir pour sensibiliser plus largement le public, promouvoir la tolérance et contrer les discours de haine, tout en lançant énergiquement des enquêtes et poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs de crimes haineux.»

David SCHMIDT

David SCHMIDT

Journaliste reporter sur Davidschmidt.fr. Chroniqueur radio sur Form.fr.

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